Par Olivia Chabot, Kim Levasseur et Éric Charland

 

INTRODUCTION

La crise migratoire des dernières années en Europe a beaucoup retenu l’attention des médias et beaucoup de gens commencent à avoir leur propre idée à propos des phénomènes migratoires. Toutefois, la migration n’est pas un phénomène facile à étudier puisqu’il est très vaste et comporte plusieurs angles d’étude possible. L’angle choisi pour ce travail est l’intégration, plus précisément comment les immigrants s’intègrent dans les États d’accueil sur les plans socioéconomique, culturel et social. L’importance d’une telle recherche sur le plan social réside principalement dans le fait de rappeler que les migrations n’impliquent pas de conséquences seulement pour l’État, mais bien aussi pour les migrants. La raison étant qu’il ne faut pas oublier qu’ils demeurent aussi des personnes, au même titre que les populations locales. Une telle recherche permet aussi de soulever plusieurs questionnements importants pour les chercheurs, notamment en ce qui concerne la définition exacte de ce qu’est une intégration réussie.

 

ÉTAT DE LA QUESTION

Politiques  d’intégrations

En Europe, divers régimes politiques d’immigrations existent, mais cinq types se démarquent: les empires multinationaux, la société internationale, les consociations, les sociétés d’immigration ainsi que les États-nations qui se trouvent à être les plus répandus (notamment en France) et se définissent par le fait de partager une langue ainsi qu’une culture commune. En prenant l’exemple de l’État-nation, malgré son acceptation des différentes minorités et le fait qu’elle permette que les divers immigrés agissent comme bon leur semble dans la sphère privée, l’État-nation tient tout de même au fait que les divers immigrants présents adoptent la langue et agissent selon la culture du pays, lorsqu’ils se trouvent dans la sphère publique. À l’intérieur de ces régimes, deux modèles particuliers se distinguent: le modèle assimilationniste ainsi que le modèle multiculturaliste. Le modèle assimilationniste assure l’égalité des droits de chacun, en ne tenant pas compte des différences culturelles et religieuses, mais peut devenir quelques fois discriminatoire du fait que les différentes lois présentes sont adoptées par la majorité, c’est-à-dire majoritairement des non-immigrants. Le modèle multiculturaliste, quant à lui, tient compte des différences afin de laisser chacun vivre selon la culture ou la religion qui lui est propre et tente d’amener diverses politiques différentielles afin d’établir une situation d’égalité pour tous (Choquet, 2017).

Facteurs d’intégration

De plus, il est possible de constater que l’intégration des immigrants d’Europe est influencée par un certain nombre de facteurs, tels que le milieu dans lequel ils décident de s’installer.  ce qui fera en sorte qu’ils s’intégreront davantage au reste de la population où bien qu’ils resteront dans leur propre environnement culturel, comme c’est le cas pour ceux s’installant dans des quartiers plus défavorisés (Safi, 2006). La population d’accueil aura aussi un impact sur l’intégration, car tout dépendant de son implication, si les immigrants se sentent bien accueillis et qu’on tente de les aider à s’intégrer par divers moyens tels qu’organiser des activités, ceux-ci se sentiront plus acceptés et auront plus de facilité à s’intégrer. C’est justement ce qu’a fait l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA) à Paris, en organisant des pratiques de soccer seulement pour les jeunes originaires d’Algérie (Gastaut, 2008). Par contre, la présence de racisme ou de discrimination, comme les manifestations xénophobes qui eurent lieu en Allemagne à l’automne 2006 (Meyran, 2016), pourrait créer l’effet contraire et les amener à s’isoler, du fait de ne pas avoir le sentiment d’appartenir à cette société.

Organismes d’aide à l’intégration

Dans le but d’aider les immigrants, lors de leur arrivée, divers organismes, tels que l’UCPA, dont il est question un peu plus haut, ont été créés et tentent, par plusieurs moyens, d’assurer que ceux-ci s’intègrent du mieux qu’ils peuvent dans leur nouveau pays. Ces organismes sont présents un peu partout en Europe, par exemple en France, où fut créé en 2013, la direction de l’accueil de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité (DAAEN), dans le but de concevoir et mettre sur pied la politique d’accueil, d’accompagnement des étrangers ainsi que d’accès à la nationalité (Ministère de l’Intérieur, 2016). Sinon, plusieurs autres organisations gouvernementales ou non gouvernementales s’assurent de procurer de l’aide aux différents arrivants, plus particulièrement les réfugiés ou tout autres immigrants dans le besoin. Tel est le cas de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui s’assure de la bonne gestion des migrations et qui tente de fournir à ces gens une aide humanitaire (Organisation internationale pour les migrations, 2018).

L’intégration au niveau social

Au niveau social, dans son article: L’intégration réciproque, une alternative de co-responsabilité, Eliana Duarte Sotomayor a écrit en 2004: « Le processus d’intégration apparaît comme un processus de participation qui implique un échange réciproque entre la personne immigrante et la société d’accueil ». En effet, de la part des deux groupes, une coopération est nécessaire dans l’optique d’une intégration amicale. Cependant, dans certains cas, des conflits peuvent être engendrés, par exemple, par rapport aux croyances et valeurs des cultures en jeux. En effet, par l’entremise de l’éducation dans le milieu scolaire, par exemple, les élèves (particulièrement les adolescents), sont confrontés à des valeurs qui remettent en cause, ou même contredisent celles inculquées par leurs parents depuis toujours, ce qui peut causer un bouleversement au niveau de l’identité, voire au niveau de la dynamique familiale. Ces discordances peuvent entraîner un renforcement des préjugés, voire du rejet et de la discrimination, qui peuvent se conclure par un repli sur soi, et donc entraîner le phénomène de ghettoïsation (isolation d’une même communauté envers le reste de la société, souvent par rapport à la culture). Ce phénomène entraîne, par le fait même, un renforcement des préjugés et une certaine peur de l’étranger, donc cela rend l’intégration encore plus difficile. De plus, plusieurs conséquences au niveau individuel peuvent être causées par les difficultés rencontrées lors de l’adaptation à une nouvelle société: stress, anxiété, dépression, toxicomanie, perte de confiance en soi et l’isolement social en sont quelques exemples (Sotomayor, 2004).

Situation socio-économique

D’un point de vue socio-économique, il faut admettre que la situation des migrants forcés, se trouve souvent à être très difficile. En effet, ils se retrouvent très souvent à travailler dans les emplois les moins bien payés et souvent dans des métiers où les conditions se détériorent d’année en année (Jacquin, 2018). De plus, à cause du fait qu’ils sont souvent très nombreux à arriver sur le territoire, au même moment, les demandes d’asile prennent souvent beaucoup de temps avant d’être étudiées par les pays d’accueil. Cela fait en sorte que les réfugiés ne peuvent pas habiter légalement sur le territoire ou y exercer un emploi. De ce fait, il arrive régulièrement qu’ils se mettent à travailler dans des emplois illégaux sur le marché noir, dans des conditions très dangereuses et difficiles pour la santé, en plus d’avoir de très bas salaires (Meloche-Holubowski, 2017). En plus, même lorsque les migrants sont acceptés dans le pays et qu’ils s’y installent pour de bon, il arrive souvent que leur niveau socio-économique ne s’améliore pas énormément, et ce jusqu’à leur retraite. Il y a notamment le cas de la Suisse, où la recherche européenne montrent que, lorsqu’on les compare aux “nationaux”, les migrants se retrouvent souvent en situation précaire, même lorsqu’ils sont plus âgés. Cette situation est principalement causée par les dures conditions de travail auxquelles ils font face durant plusieurs années, ce qui est difficile pour leur santé, autant physique que psychologique. Ils arrêtent donc souvent de travailler à des âges précoces et n’ont ensuite pas assez de revenus pour bien vivre leur retraite (Bolzman et Vagni, 2015, p.20-21).

 

CONCEPTS

Tout d’abord, le concept d’intégration est un processus multidimensionnel qui se divise en plusieurs catégories, telles que l’intégration sociale, socio-économique et culturelle et qui amène les individus à participer à la vie collective de la société par l’activité professionnelle, l’apprentissage des normes de consommation, l’adoption des comportements familiaux et sociaux ainsi que la formation de liens avec les autres. (Safi, 2006 et Bourin, 1992). Ce concept est la base même de cette recherche, qui porte justement sur l’intégration des immigrants en Europe, c’est pourquoi, il est l’élément principal ici présent.

 

Par la suite, un autre concept serait le multiculturalisme, qui est, en fait, un mode d’acceptation de l’immigration qui passe par une acceptation des différences et qui porte majoritairement sur des valeurs universelles telles que la non-discrimination, le droit à la mobilité, le dialogue des religions et cultures ainsi que l’accueil de l’étranger (Wihtol de Wenden, 2017). Ce concept se trouve à être important pour cette recherche, du fait que c’est un élément ayant une influence sur l’intégration des immigrants en Europe, donc c’est un concept qui est tout à fait en lien avec la directive de ce travail.

 

Finalement, il y a le concept d’assimilation, qui est un processus, chez l’immigrant, de perte progressive de son ancienne culture, par l’imposition de l’adoption des conceptions familiales ou religieuses ainsi que du mode de vie de sa société d’accueil (Todd, 1997 et Safi, 2006). L’assimilation est en quelque sorte une faille dans le processus d’intégration, car elle laisse présumer d’un État trop restrictif. En effet, tel que dit plus tôt, l’intégration implique un échange équitable et qui fait montre d’une coopération entre la terre d’accueil et les immigrants.

 

QUESTIONNEMENT

Il y a plusieurs questions intéressantes à explorer au niveau socioéconomique, social et culturel. Tout d’abord, est-ce la situation économique des enfants, une fois à l’âge adulte, demeure généralement semblable à celle de leurs parents ou bien ressemble-t-elle davantage à celle des habitants locaux? Dans le même ordre d’idée, il est pertinent de s’intéresser à l’assimilation à travers les générations, afin de savoir si les descendants ont plus tendance à vivre au sein des communautés locales et d’adopter la culture, ou s’ils penchent plus vers une vie plus isolée, avec des gens de même origine culturelle.

 

Par la suite, il serait pertinent de s’interroger sur la façon de déterminer si une migration est une réussite ou non. Il est question, ici, de déterminer les critères sur lesquels il faut se baser afin d’affirmer que certains migrants sont bien intégrés au pays d’accueil, alors que ce n’est pas le cas pour d’autres, tout dépendant des plusieurs facteurs provenant autant de l’immigrant que de la société d’accueil. Faut-il se baser uniquement sur le statut de la personne d’un point de vue socioéconomique ou de son assimilation à la culture locale? Une intégration réussie repose probablement sur davantage de facteurs. Ceci étant dit, faut-il considérer que l’intégration est réussie seulement si l’individu devient en quelque sorte utile pour l’État, autant au niveau social ou faut-il principalement se baser sur ses conditions de vie? Cette question est très importante, car la réponse influence grandement les politiques d’immigrations adoptées par les pays.

MÉDIAGRAPHIE

 

Monographies

Schnapper, Dominique. L’Europe des immigrés: essai sur les politiques d’immigration. Paris: F. Bourin, 1992, 196 p. (p.18).

Todd, Emmanuel. Le destin des immigrés: assimilation et ségrégation dans les démocraties occidentales. Coll. « Points. Essais ». Paris: Éditions du Seuil, 1997, 470 p. (p.22-24 et 66).

Wihtol de Wenden, Catherine. La question migratoire au XXIe siècle: migrants, réfugiés et relations internationales. 3e éd. Paris: Presse de Sciences Po, 2017, 225 p. (p. 120).

Articles périodiques

Revues spécialisées:

 Bolzman, Claudio et Giacomo Vagni. «Égalité de chances ? Une comparaison                             des conditions de vie des personnes âgées immigrées et “nationales” ».                                   Hommes et migrations. En ligne. No 1309 (janvier 2015), p.19-28. In Cairn.  <https://www.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2015-1-page-               19.htm?1=1&DocId=69651&hits=4246+4245+4244+4243+4242+4240+42                            38+4236+4234+4232+35+30+15+14+13+12+11+9+7+5+3+1+>.Consulté le 4 février 2018.

 Gastaut, Yvan. « Le sport comme révélateur des ambiguïtés du processus d’intégration des populations immigrés: Le cas du match de football France-Algérie ». Sociétés contemporaines. En ligne. no 69 (janvier 2008). p.49-71. In Cairn. <https://www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2008-1-page-49.htm>. Consulté le 28 février 2018.

Safi, Mirna. «Le processus d’intégration des immigrés en France : inégalités et segmentation ». Revue française de sociologie. En ligne. Vol. 47 (janvier 2006), p. 3-48. In Cairn. <https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2006-1-page-3.htm>. Consulté le 28 février 2018.

Revues de vulgarisation:

Meyran , Régis. « L’Europe face aux migrants ». Sciences Humaines. no 278 (février 2016). p. 18-25.

Sites Internet

Choquet, Sabine. «Les modèles d’intégration en Europe ». In Fondation Robert Schuman: Le Centre de recherches et d’études sur l’Europe. En ligne. 30 octobre 2017. <https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0449-les-modeles-d-integration-en-europe>. Consulté le 1er mars 2018.

Jacquin, Jean-Baptiste. «Les migrants, une chance pour l’économie européenne». In                    Le Monde. En ligne. 10 septembre 2015.    <http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/02/l-arrivee-de-migrants-         n-est-pas-un-danger-pour-l-economie-europeenne_4743046_3234.html>.           Consulté le 6 mars 2018.

Meloche-Holubowski, Mélanie. «Où en sont rendus les migrants en Europe?». In            Radio-Canada. En ligne. 19 novembre 2017. <http://ici.radio-      canada.ca/nouvelle/1067420/migrants-flux-enrope-en-attente-demandeurs-asile>. Consulté le 6 février 2018.

Ministère de l’intérieur. « Accueil et accompagnement: Les missions de la direction de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité ». In Immigration, asile, accueil et accompagnement des étrangers en France: Ministère de l’intérieur. En ligne. 9 novembre 2016. <https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Accueil-et-accompagnement/Les-missions-de-la-direction-de-l-accueil-de-l-accompagnement-des-etrangers-et-de-la-nationalite#miomcti_topmenu-firstlevel>. Consulté le 5 mars 2018.

Organisation internationale pour les migrations. « Notre action ». In Organisation internationale pour les migrations: L’organisme des nations unies charge des migrations. En ligne. 2018. <http://www.iom.int/fr/notre-action>. Consulté le 6 mars 2018.