Par Olivia Chabot, Kim Levasseur et Éric Charland

Introduction

 

Depuis les années 50, plusieurs pays un grand nombre de pays européens, notamment les pays de l’association européenne de libre-échange comme la Suisse, accueillent de plus en plus d’immigrants (Chesnais, 1992). Le nombre augmente d’année en année, passant de 280 000 en 2014 à près de 500 000 en 2015, dont environ le tiers vient de Syrie. Un grand nombre d’entre eux sont des réfugiés provenant d’Afghanistan, du Kosovo, d’Érythrée et de Syrie, ayant fui leur pays dû à différents conflits sévissant dans leurs pays (Meyran, 2016). Faisant maintenant partie d’une nouvelle société qui leur est inconnue, comment ces nouveaux arrivants réussissent à s’y intégrer ? C’est justement sur cette intégration que portera cette recherche, en montrant les différents régimes politiques mis en place pour intégrer ces immigrants, les divers facteurs favorables ou non à cette intégration, les divers services d’accompagnement disponibles, l’influence de celle-ci sur le plan économique ainsi que leur intégration sociale sur différents plans tels que l’éducation et les différents organismes ou centres mis en place pour aider les nouveaux arrivants à s’intégrer.

Situation socioéconomique

 

Pour analyser les conditions socioéconomiques des migrants, il est essentiel d’évaluer le contexte dans lequel ils sont arrivés dans leurs pays. Généralement, les migrants qualifiés pour des emplois importants sont très bien reçus dans leur pays d’accueil et obtiennent de très bonnes conditions sociales. Toutefois, ces personnes représentent une faible proportion de tous les migrants et, pour les autres, l’intégration peut s’avérer bien différente. En effet, les pays d’accueil donnent souvent l’impression de considérer les migrants non-qualifiés comme un moyen d’économiser de l’argent pour les entreprises. Cela se remarque par le fait que tous les États européens ont refusé de ratifier la Convention des Nations Unies sur la protection des droits des travailleurs migrants. Cette convention a pour but de mettre les migrants sur un même pied d’égalité avec les travailleurs locaux. Le fait de ne pas ratifier indique que les pays hôtes ne veulent pas mettre fin aux inégalités salariales auxquelles font face les migrants et ne veulent pas leur conférer les mêmes avantages sociaux que les travailleurs locaux. (Guchteneire et Pécoud, 2010, p.445-447).

De plus, les difficultés éprouvées par ces migrants ne s’arrêtent pas uniquement sur le plan de l’emploi, une fois qu’ils sont installés, mais aussi directement à leur arrivée. Avec les grandes vagues migratoires, le traitement des dossiers est souvent très long et les demandeurs doivent attendre quelques temps pour savoir s’ils sont acceptés au pays. Cette attente dure souvent plusieurs mois et les migrants vivent dans des camps de réfugiés ou les conditions de vie sont exécrables. Peu sont ceux qui ont la possibilité de travailler de manière légale durant ce temps. Les autres se retrouve souvent à travailler sur des marchés illégaux pour de très petits salaires et des conditions très dangereuses (Meloche-Holubowski, 2017). Un exemple de ces mauvaises conditions est observé en Grèce, alors  que de milliers de migrants sont accueillis dans des centres où les conditions de vie sont très mauvaises. Par exemple, un centre de Morià, sur l’île de Lesbos compte autour de 3000 migrants, alors qu’il possède une capacité maximum estimé à 1500 places. Cela fait en sorte que les gens vivent dans une grande promiscuité, parfois durant plusieurs mois (Tribune de Genève, 2018).

Dans le cas où les migrants sont acceptés dans le pays d’accueil, il est fréquent qu’ils demeurent dans une situation économique peu favorable. Selon une étude menée par l’OCDE entre 2001 et 2011, immigrants représentent 15% des employés dans les métiers en croissance, mais 28% dans les métiers en décroissance (Jacquin, 2018). Cela montre qu’ils se retrouvent davantage à œuvrer dans des domaines où il y a peu de perspectives de croissances sur le plan salarial. Il y a aussi un exemple concernant la population migrante âgée de de 65 ans ou plus en Suisse. 7,8 % des migrants se situent dans cette tranche et leur situation est souvent plus précaire, notamment à cause de raisons de santé qui les poussent à quitter le marché du travail plus rapidement. En effet, leur santé est souvent affectée, car ils ne travaillent pas dans les meilleures conditions à cause de leur statut. Il arrive donc souvent que ces gens s’épuisent après plusieurs années de dur travail, ce qui les pousse à se retirer. Dans ces conditions, il y est difficile d’accumuler de l’argent pour bien vivre durant la retraite (Bolzman et Vagni, 2015, p.20-21).

Les régimes politiques d’intégration

 

Comme l’indique le texte de Choquet, il est possible de distinguer plusieurs types de régimes politiques, dit de tolérance, mis en place dans le but d’intégrer les différents immigrants à tous les niveaux. En Europe, on peut en distinguer principalement cinq ; les États-nations, les empires multinationaux, les consociations, la société internationale ainsi que les sociétés d’immigration. En France, on retrouve principalement le régime d’intégration de L’État-nation, qui est défini plus particulièrement par le fait de promouvoir le partage d’une culture ainsi que d’une langue commune. Par contre, celui-ci tolère tout de même les différentes minorités présentes et malgré le fait que les différents immigrants présents puissent exprimer leur culture et leur langue en toute liberté chez eux, l’État-nation dénonce de telles manifestations dans l’environnement public, comme étant une menace à la cohésion sociale ainsi qu’aux valeurs de la société. Donc malgré le fait que l’État-nation considère avoir recourt à une intégration, il y a tout de même certains points similaire au concept d’assimilation, comme par exemple le fait que les immigrants soient très fortement invités à adopter la langue officielle, et même à se conformer au mode de vie de la société  (Choquet, 2017).

Facteurs d’intégration

 

Afin que l’intégration d’un immigrant soit réussie, certains facteurs sont en cause, notamment l’espace où ceux-ci décident de s’installer, car si par exemple, ils s’installent dans des quartiers plus défavorisés, il y a des risques que leur intégration se passe moins bien, du fait que ces quartiers sont majoritairement composé de minorités ethnique, donc ils auront plus tendance à se tenir ensemble que d’essayer de s’intégrer au reste de la société (Safi, 2006). L’acquisition de la nationalité peut aussi avoir un impact, car, par exemple, en Suisse, le fait de devoir résider au pays depuis au moins douze ans et de devoir prouver la réussite de leur intégration au mode de vie de la société ainsi qu’une bonne connaissance de la culture peut parfois sembler trop long comme processus et peut décourager les immigrants à développer un sentiment d’appartenance. C’est pourquoi, certains pays ont adouci ce processus dans le but de faciliter l’intégration, comme par exemple en Allemagne où il faut seulement résider depuis plus de huit ans ainsi que passer un test de langue et de naturalisation (Choquet, 2017). De plus, pour contribuer à l’intégration des immigrants, divers programmes et activités sont mis en place, tels que l’UCAP (trouver nom), un club «communautaire» de Paris qui propose la pratique de football (soccer) seulement entre algériens et jeunes originaires d’Algérie, dans le but de cultiver, comme Gastaut le dit, une sorte «d’algérianité» pour que ces jeunes s’intègrent, par la suite, plus facilement à la société française par rapport aux différentes convictions des dirigeants. Cela sans doute afin de remédier au fait que la plupart des immigrants algériens ne possèdent pas vraiment de sentiment d’appartenance envers la France, notamment dû aux conflits antérieurs entre ces deux pays, mais aussi à l’échec de l’intégration de ces immigrants (Gastaut, 2008). Finalement, pour que l’intégration soit réussie, la participation de l’immigrant est très importante, mais le pays d’accueil a lui aussi un rôle à jouer, notamment en adoptant une attitude positive. Pour le cas des réfugiés Syriens, les réactions des européens furent plutôt mitigées. Par exemple, en Allemagne, en septembre et octobre 2016, certains xénophobes se rassemblèrent pour manifester leur mécontentement, alors qu’en Espagne, des maires, indignés du comportement du gouvernement face à l’arrivée de ces immigrants, décidèrent de mettre sur pied un réseau de « villes-refuges » pour accueillir un grand nombre de réfugiés (Meyran, 2016). Alors que des comportements comme celui de l’Espagne ont un impact positif sur l’intégration, le cas de l’Allemagne peut parfois décourager certains immigrants à s’intégrer dans la société par peur de telles réactions envers eux.

Services d’accompagnement pour l’intégration

 

Un peu partout en Europe, on peut trouver diverses organisations mises sur pied dans le but de favoriser l’intégration de ces nombreux immigrants. Par exemple, on retrouve la direction de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité (DAAEN), qui fut créée en France, en août 2013, dans le but de concevoir et mettre sur pied la politique d’accueil, d’accompagnement des étrangers ainsi que d’accès à la nationalité. La DAAEN y arrive en s’assurant du suivi du parcours d’intégration des nouveaux arrivés, en mettant en œuvre les règles au niveau de l’acquisition ou de la perte de la nationalité ainsi que de s’assurer de l’hébergement et de l’accès au logement pour ces immigrants (.On retrouve aussi, au Luxembourg, le Ministère des affaires étrangères et européennes (MAEE), dont le but est de mettre sur pied la politique étrangère de son pays et de promouvoir cohérente en ce qui a trait à la diplomatie, à la défense, au développement ainsi qu’à l’immigration (Le Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg, 2016). Finalement, un grand nombre de services d’accompagnement comme des centres d’intégrations sont accessibles aux différents immigrants, tels que Le Centre régional d’intégration du Brabant Wallon (CRIBW) en Wallonie ou bien La maison de la solidarité à Bruxelles (Agence Alter, s.d.).

L’intégration au niveau social et les problèmes engendrés

 

Eliana Duarte Sotomayor, dans son article L’intégration réciproque, une alternative de co-responsabilité, a écrit: « Le processus d’intégration apparaît comme un processus de participation qui implique un échange réciproque entre la personne immigrante et la société d’accueil.» En effet, dans les deux groupes, une coopération est nécessaire dans l’optique d’une intégration pacifique. Dans certains cas, cependant, des conflits peuvent être engendrés, par exemple, par rapport aux croyances et valeurs des cultures en jeux. En effet, par l’entremise de l’éducation dans le milieu scolaire, par exemple, les élèves (particulièrement les adolescents) sont confrontés à des valeurs qui remettent en cause, ou même contredisent celles inculquées par leurs parents depuis toujours, ce qui peut causer un bouleversement au niveau de l’identité, voire au niveau de la dynamique familiale. Des sujets tels que l’égalité entre les hommes et les femmes, la religion, les droits et libertés individuels, pour n’en nommer que quelques-uns, remettent en question les communautés immigrantes, qui n’adhèrent pas nécessairement aux mêmes croyances que la communauté d’accueil. Ces discordances peuvent donc entraîner un renforcement des préjugés, voire du rejet et de la discrimination, qui peuvent se conclure par un repli sur soi, donc entraîner le phénomène de ghettoïsation (isolation d’une même communauté envers le reste de la société, souvent par rapport à la culture). Ce phénomène entraîne, par le fait même, un renforcement des préjugés et une certaine peur de l’étranger, donc rend encore plus difficile l’intégration.

 

Plusieurs conséquences au niveau individuel peuvent être causées par les difficultés rencontrées lors de l’adaptation à une nouvelle société: stress, anxiété, dépression, toxicomanie, perte de confiance en soi et l’isolement social en sont quelques exemples. (Sotomayor, 2004)

 

Conclusion

 

En conclusion, l’Europe est un continent où la migration occupe une très grande place et c’est pourquoi l’intégration est un facteur essentiel dans la vie des migrants. Pour cette recherche les informations trouvées couvrent assez bien trois des dimensions les plus importantes de l’intégration des migrants, soit leur situation socioéconomique, leur assimilation à la culture et leur intégration à leur milieu social et les résultats démontrent que cette intégration ne se déroule souvent pas de la manière espérée pour les migrants. Cependant, cette recherche comporte quelques limites, notamment sur le fait qu’elle n’explore que l’intégration des migrations sur plusieurs générations. En effet, dans les trois dimensions, il n’est pas question de comment sont intégrées les générations suivant celle qui a fait son arrivée au pays. Ce sujet aurait été pertinent afin de mieux  approfondir la recherche.

 

 

MÉDIAGRAPHIE

 

Articles de périodiques

Revues de vulgarisation

Chesnais, Jean-Claude. « Immigration: l’appel de l’Europe ». L’Histoire. no 157 (juillet-août 1992). p.120-123.

Meyran , Régis. « L’Europe face aux migrants ».  Sciences Humaines. no 278 (février 2016). p. 18-25.

Duarte Sotomayor, Eliana. « L’intégration réciproque, une alternative de co-responsabilité ». Vivre ensemble. No 41 (hiver-printemps 2004). p. 15-19.

Revues spécialisées

Bolzman, Claudio et Giacomo Vagni. «‪Égalité de chances ? Une comparaison                             des conditions de vie des personnes âgées immigrées et “nationales” »‪.                              Hommes et migrations. En ligne. No 1309 (janvier 2015), p.19-28. In Cairn.        <https://www.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2015-1-page-   19.htm?1=1&DocId=69651&hits=4246+4245+4244+4243+4242+4240+42                    38+4236+4234+4232+35+30+15+14+13+12+11+9+7+5+3+1+>.Consulté                     le 4 février 2018.

 

De Guchteneire, Paul et Antoine Pécoud. « Les obstacles à la ratification de la    Convention des Nations Unies sur la protection des droits des travailleurs     migrants ». Droit et société. En ligne. vol.75, no. 2 (2010), p. 431-451. In             Cairn. <https://www.cairn.info/revue-droit-et-societe-2010-2-page-          431.htm?1=1&DocId=248099&hits=11251+11244+11243+11241+11239+            11237+11236+11235+11233+11230+11227+29+19+18+16+14+12+11+1          0+8+5+2+>. Consulté le 4 février 2018.

 

Gastaut, Yvan. « Le sport comme révélateur des ambiguïtés du processus d’intégration des populations immigrés: Le cas du match de football France-Algérie ». Sociétés contemporaines. En ligne. no 69 (janvier 2008). p.49-71. In Cairn. <https://www.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2008-1-page-49.htm>. Consulté le 7 février 2018.

Safi, Mirna. «Le processus d’intégration des immigrés en France : inégalités et segmentation ». Revue française de sociologie. En ligne. Vol. 47 (janvier 2006), p. 3-48. In Cairn. <https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2006-1-page-3.htm>. Consulté le 4 février 2018.

 

 

Sites Internet:

Agence Alter. « Infos et conseils: Service d’accompagnement des primo-arrivants ». In Infos Belgique. En ligne. s.d. <http://www.belgique-infos.be/belgium/infos-et-conseils/#.WoUScajibIW>. Consulté le 14 février 2018.

Choquet, Sabine. «Les modèles d’intégration en Europe ». In Fondation Robert Schuman: Le  Centre de recherches et d’études sur l’Europe. En ligne. 30 octobre 2017. <https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0449-les-modeles-d-integration-en-europe>.

Jacquin, Jean-Baptiste. «Les migrants, une chance pour l’économie européenne». In                    Le Monde. En ligne. 10 septembre 2015.      <http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/09/02/l-arrivee-de-migrants-            n-est-pas-un-danger-pour-l-economie-europeenne_4743046_3234.html>. Consulté le 6 février 2018.

 

Le Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg, « Ministère des Affaires étrangères et européennes: Organisation: Mission Statement ». In gouvernement.lu: le portail de l’actualité gouvernementale. En ligne. 22 juillet 2016. <http://www.gouvernement.lu/4210129/organisation>. Consulté le 14 février 2018.

Meloche-Holubowski, Mélanie. «Où en sont rendus les migrants en Europe?». In            Radio-Canada. En ligne. 19 novembre 2017. <http://ici.radio-   canada.ca/nouvelle/1067420/migrants-flux-enrope-en-attente-demandeurs-asile>.    Consulté le 6 février 2018.

 

Ministère de l’intérieur. « Accueil et accompagnement: Les missions de la direction de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité ». In Immigration, asile, accueil et accompagnement des étrangers en France: Ministère de l’intérieur. En ligne. 9 novembre 2016. <https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Accueil-et-accompagnement/Les-missions-de-la-direction-de-l-accueil-de-l-accompagnement-des-etrangers-et-de-la-nationalite#miomcti_topmenu-firstlevel>. Consulté le 14 février 2018.

« Migrants: des conditions «inacceptables» ». In Tribune de Genève. En ligne. 4 février 2018. «https://www.tdg.ch/monde/europe/migrants-conditions-   inacceptables/story/31057267». Consulté le 6 février 2018.