Informations factuelles

Le collectif Manifeste Rien est un collectif artistique qui traite des questions importantes du présent en faisant des liens avec le passé. Cette troupe établie à Marseille présente non seulement des pièces de théâtre, mais organise aussi des ateliers qui favorisent la discussion chez les membres de la société. Leurs œuvres s’inspirent fréquemment des travaux d’intellectuels, comme ceux de Pierre Bourdieu ou de Gérard Noiriel. Elles permettent d’initier une réflexion sur les questions importantes de notre époque. La pièce qui sera présentée se nomme Histoire universelle de Marseille. Comme son nom l’indique, elle retrace l’histoire de la ville en s’articulant autour de la question de la citoyenneté. La conception de ce qu’est le citoyen évolue à travers le temps, du Moyen-Âge, jusqu’à la définition qu’en fait aujourd’hui le modèle d’intégration républicain, ou assimilationniste (Bouche, 2018). Cette pièce s’inspire de l’ouvrage du même nom écrit par Alèssi Dell’Umbria. Dans celui-ci, le développement de la démocratie dans la ville et les dynamiques de domination sont présentés. Ce texte souligne aussi les différences culturelles entre Marseille et le reste de la France (Agone).

Problématique

La compréhension des enjeux entourant les mouvements migratoires demande la prise en compte des concepts de nationalisme et de citoyenneté. Comme l’indique le texte « Aux frontières de l’Europe : entre migrations et exclusions » (Audette et Blanc, 2018, p. 2), la conception de ce que constitue la nation peut être remise en question dans la foulée des mouvements de population. La perception d’une identité nationale n’est pas la même en fonction des individus et en fonction des époques. Le fait de retracer l’histoire de la citoyenneté permettra de comprendre les changements qui se sont opérés au cours de l’histoire française. Comme le mentionne Boisellier (2011, p. 2), le territoire morcelé du Moyen-Âge rend difficile le développement d’un sentiment d’unité nationale. Les communautés étaient dispersées sur de grands territoires et avaient peu en commun, ce qui favorisait une appartenance à plus petite échelle (Boissellier, 2011, p. 2). Plus tard, comme le dit Choquet (2017, p. 1-2), la Révolution française a contribué au développement d’un nationalisme plus fort par une homogénéisation de la culture et de la structure politique. À notre époque, ce désir d’homogénéité est toujours présent en France. Il se manifeste par l’application d’un modèle d’intégration républicain, aussi qualifié d’assimilationniste. Selon celui-ci, les immigrants se doivent de s’adapter à la culture du plus grand nombre (Choquet, 2017, p. 2). Il est ainsi légitime de se questionner sur la conception qu’un tel modèle se fait du citoyen. Bien sûr, la conception légale, se basant sur des critères objectifs, reste la même, tant que ces critères le restent aussi. Cependant, la citoyenneté peut être perçue d’une autre façon. Quand elle est qualifiée comme une volonté de vivre ensemble, les critères pour l’attribuer peuvent devenir plutôt subjectifs. Quel comportement un individu doit-il adopter afin d’être reconnu comme citoyen par la société civile ? Comment celui-ci doit-il témoigner de ce désir de vivre en commun ? Dans cette situation, la typologie des nations peut avoir un rôle important à jouer. Selon celle qui est proposée par Michel Seymour (2012, p. 354), il existe plusieurs types de peuples dont les éléments qui contribuent à bâtir l’identité nationale diffèrent. Par exemple, chez les peuples dits culturels, l’identité est basée sur le partage d’institutions et de patrimoine culturel communs, alors que chez les peuples civiques, elle est plutôt basée sur l’appartenance à un même État souverain (Seymour, 2012, p. 354). De cette façon, dépendamment du type de peuple auquel une société appartient, la citoyenneté ne sera pas perçue de la même manière. Or, dans le cas où la société civile appliquerait à la lettre le modèle assimilationniste, l’immigrant souhaitant être considéré comme un membre à part entière de sa société d’accueil devrait délaisser totalement sa culture d’origine.

C’est à ce moment que la question de la citoyenneté peut être reliée au thème de l’extrême droite. Certains individus ou groupes perçoivent les autres cultures comme incompatibles avec la leur. Dans ce cas, Évelyne Ritaine (2015, p. 29-31) explique que les immigrants sont perçus comme une menace à la conservation de l’identité nationale. Dans l’idéologie de l’extrême droite, l’immigrant ne peut donc pas être considéré comme un citoyen, puisqu’il ne pourra pas vivre en commun et de façon harmonieuse avec sa société d’accueil. Plutôt que de considérer les points communs qu’ils partagent avec les immigrants, les partisans de l’extrême droite soulignent les différences entre ces deux groupes. Cette attitude, selon Diamanti (2000, p. 87), alimente la peur de l’Étranger et l’hostilité face à l’immigration. En touchant la corde sensible de l’identité nationale, l’extrême droite parvient à inculquer la méfiance et la haine des immigrants à bon nombre d’individus.

Suite à cette analyse, il devient clair que le nationalisme présent dans la société d’accueil a une influence importante sur la manière dont un immigrant pourra s’intégrer à celle-ci. Son statut pourra aussi être considéré différemment selon les membres de cette société. Alors que pour certains il sera citoyen dès que ce statut sera octroyé par l’État, pour d’autres, il faudrait un dénominateur culturel, ethnique ou politique.

Questions

  • La conception de l’identité et de l’appartenance diffère-t-elle entre Marseille et le reste de la France ? Si oui, de quelle façon ?
  • L’image d’une ville cosmopolite et tolérante à l’égard de tous les migrants est-elle réaliste ? Est-il possible pour tous d’être accepté par la société marseillaise et d’y être considéré comme un membre à part entière ?
  • Quel modèle d’intégration est le mieux adapté à la réalité des immigrants qui arrivent au pays ? Quelles sont les lacunes du modèle d’intégration républicain présentement en vigueur en France ?
  • Ressentez-vous à Marseille la présence de tensions associées aux mouvements migratoires, comme il est possible de l’observer dans le reste de la France ?
  • Les nouveaux arrivants sont-ils parfois victimes de racisme de la part d’immigrants déjà établis ?

 

MÉDIAGRAPHIE

Agone. « Histoire universelle de Marseille : De l’an mil à l’an deux mille ». In Agone. En ligne. S.d. <https://agone.org/memoiressociales/histoireuniverselledemarseille/index.html>. Consulté le 1ermai 2018.

Audette, Philippe et Valérie Blanc. « Aux frontières de l’Europe : entre migrations et exclusions » In Aux Frontières de l’Europe : entre migrations et exclusions, p. 1-6. Longueuil, 2018.

Boisellier, Stéphane. « Les « grands territoires » au Moyen Âge : Introduction ». Cahiers de recherches médiévales et humanistes. En ligne. No 21 (2011), p. 1-6. In Revues. Org. Auxerre : Centre d’études médiévales d’Orléans. <http://crm.revues.org/12416>.Consulté le 30 avril 2018.

Bouche, Amandine. Collectif Manifeste Rien. En ligne. 2018. <http://manifesterien.over-blog.com>. Consulté le 11 avril 2018.

Choquet, Sabine. « Les modèles d’intégration en Europe ». Question d’Europe. En ligne. No. 449, 30 octobre 2017. <http://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0449-les-modeles-d-integration-en-europe>.

Diamanti, Ilvo. « Immigration et citoyenneté en Europe : une enquête ». Critique internationale. En ligne.Vol. 8 (2000), p. 73-95. In Persée. Paris : Presses SciencesPo. <http://www.persee.fr/doc/criti_1290-7839_2000_num_8_1_1443>. Consulté le 31 janvier 2018.

CREATIVE COMMONS CCO. « Images gratuites : de lumière, nuit, obscurité, éclairage, théâtre, étape, forme, Scénographe ». 2017. pxhere. En ligne. <https://pxhere.com/fr/photo/940285>. Consulté le 2 mai 2018.

Ritaine, Évelyne. « L’Étranger et le Populiste en Italie : liaisons dangereuses ». In L’Europe du Sud face à l’immigration : Politique de l’Étranger, p. 29-70. Paris : Presses universitaires de France, 2005.

Seymour, Michel. « Peuples et territoires ». Philosophiques. En ligne. Vol.39, no 2 (automne 2012), p. 353-365. In Érudit. Montréal : Consortium Érudit. <https://www.erudit.org/fr/revues/philoso/2012-v39-n2-philoso0408/1013690ar.pdf>. Consulté le 30 avril 2018.