Mostar est une ville en Bosnie-Herzégovine qui s’est majoritairement développée durant la période où les Ottomans occupaient la région. Le Vieux Pont, le Stari Most, de Mostar servait à relier les deux parties de la ville séparées par la rivière Neretva. Quand les Ottomans sont arrivés vers 1468, le Stari Most n’était qu’un simple pont en bois suspendu. Aujourd’hui, il est possible de constater l’héritage ottoman par l’architecture de la ville. En effet, le concept du Vieux pont de Mostar a été réalisé par le très connu architecte Hayruddin et il fut terminé en 1566. Ce fut le sultan Soleiman le Magnifique qui ordonna la construction de cette merveille.

En 1993, le Vieux pont de Mostar fut détruit par les forces croates durant la guerre de la Bosnie-Herzégovine. La ville fut séparée en deux zones après un conflit entre les Croates et les Bosniaques, qui faisaient auparavant front commun. Les Bosniaques partirent vers la partie est de la ville, les Croates, à l’ouest. C’est la partie orientale qui a été la plus ravagée lors de la reconfiguration de la ville. Le Stari Most fut détruit afin de marquer la ségrégation et le conflit entre les deux groupes ethniques (Rolland-Traina, 2011).

Après la guerre, les Bosniaques ont pu retourner à leur habitation d’origine, alors que les Croates étaient davantage invités à rester sur la partie occidentale de la ville. Aujourd’hui, les Bosniaques et les Croates vivent en grande partie chacun de leur côté. Le Vieux Pont, facilitant les échanges notamment commerciaux, peut être perçu comme un symbole de réconciliation et de liaison des deux communautés. Cependant, ce pont n’a jamais relié deux groupes ethniques jusqu’à bien récemment. En effet, le pont représentait principalement la ville de Mostar (most signifie pont, et mostar, “gardien du pont”) (Rolland-Traina, 2011). Les habitants de la ville étaient les gardiens de ce pont, qui a réussi à survivre aux attaques et aux différentes catastrophes pendant 427 ans. Dans les années 1970, le tourisme de Mostar reposait sur cette création ottomane. Des compétitions de plongeons y étaient et sont toujours effectuées sur le Stari Most et sont appelées les skokovi (Rolland-Traina, 2011). En bref, c’est la reconstruction du pont, et non le pont lui-même, qui représente une réconciliation entre les communautés cohabitant la ville de Mostar.

 

La reconstruction de ce pont fut un enjeu important pour la ville et fut prise en charge par l’UNESCO et la Banque mondiale. Certains pensaient qu’il ne fallait pas le reconstruire et que le pont devait servir de monument en souvenir des événements tragiques de la guerre. Certains Bosniaques y voyaient une représentation de la tentative de génocide qu’ils ont vécue. D’autres habitants voulaient une copie conforme du pont par nostalgie. Ce projet fut accompli au coût de 15 millions de dollars (Rolland-Traina, 2011), et fut inauguré en juillet 2004. Le pont a été reproduit à partir des mêmes matériaux et technologies initialement utilisés. Des photographies et des plans ont permis d’assurer la ressemblance au modèle d’origine. Ultimement, la restauration du pont peut symboliser « la coexistence de communautés d’origines culturelles, ethniques et religieuses différentes » (Rolland-Traina, 2011).

En 2004, Paddy Ashdown, le haut-représentant de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine à ce moment, a affirmé que la restauration du pont servait à démontrer qu’il y a une tentative de rétablissement des traditions multinationales et multiconfessionnelles qui avaient perduré pendant environ 500 ans. Cependant, Mostar n’est pas encore une ville unifiée, puisque tout est encore divisé en deux. Par exemple, les enfants croates et bosniaques ne fréquentent pas les mêmes écoles, et les habitants n’ont pas recours aux mêmes services de santé. Paddy Ashdown a ainsi expliqué qu’il sait qu’il reste beaucoup de chemin à faire et que la reconstruction du pont n’est qu’une étape pour atteindre la réconciliation entre les Bosniaques et les Croates. D’autres personnes, telles que l’écrivain croate Predrag Matvejevitch, affirment qu’il existera toujours une division entre ces deux communautés tant que les frontières mentales ne seront pas détruites, et ce, même si des efforts sont déployés pour les rapprocher

Dans le cadre du projet Passeport-Europe, les étudiants traverseront ce pont quotidiennement lors de leur séjour à Mostar. Ils en apprendront davantage sur l’histoire de ce pont et sur sa symbolique particulière. Ils observeront les distinctions architecturales entre les deux parties de la ville séparées par la rivière Neretva.

 

Référence :

Rolland-Traina, S. (2011). Paysages religieux après la bataille. Ethnicisation du territoire urbain à Mostar à la fin du xxe siècle. Études Balkaniques-Cahiers Pierre Belon, 18(1), p.89-120. Repéré à https://www.cairn.info/revue-etudes-balkaniques-cahiers-pierre-belon-2011-1-page-89.htm#