Une mosquée à Ahmici bombardée par des forces croates en avril 1993. Photo reproduite avec l’autorisation du TPIY.

La guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) a créée plusieurs tensions au sein du pays. Les principales victimes ont été les musulmans de la Bosnie, soit les Bosniaques. Ils ont été les cibles d’un nettoyage ethnique dans l’ensemble du pays. Leur patrimoine religieux a aussi été ciblé. En effet, plus de 614 mosquées ont été détruites et 307 ont été endommagées. Le processus de reconstruction et de construction des mosquées est en cours depuis la fin de la guerre (1995). Plusieurs pays musulmans tels que, l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Qatar et la Turquie sont venus en aide à la Bosnie lors du conflit et contribuent aujourd’hui à l’influence de l’islam au pays.

La Bosnie-Herzégovine n’a pas les moyens financiers pour reconstruire son pays, comme ce fut le cas de la Croatie. Toutefois, le nombre de mosquées construites et la vitesse à laquelle celles-ci apparaissent nous portent à penser autrement. Cela s’explique par le financement important de pays musulmans. L’Arabie Saoudite a des objectifs religieux en apportant son aide financière. Les Saoudiens auraient dépensé 1 milliard de dollars (USD) pour des « projets musulmans » de 1992 à 1998. De 1996 à 2016, 6 milliards de dollars (USD) auraient été investis dans la reconstruction des mosquées. Les dirigeants de l’Arabie Saoudite ne voulaient pas investir pour aider l’économie du pays, seulement pour l’influence religieuse. 

Cette aide financière n’a pas seulement des aspects positifs pour les musulmans de la Bosnie, elle soulève aussi des critiques et des enjeux importants. D’abord, les Bosniaques (musulmans de la Bosnie), ont longtemps adhéré à l’islam de façon modérée : la plupart buvaient de l’alcool et mangeait du porc. Leur vision de cette religion était plutôt culturelle. Depuis le financement important de pays du Moyen-Orient, la religion a pris de plus en plus d’importance en Bosnie. Les imams des nouvelles mosquées ont été éduqués dans des institutions musulmanes de l’Arabie Saoudite et de la Syrie, par exemple. Donc, sans nécessairement être radicaux, ils pratiquent la religion de manière plus stricte et influencent les Bosniaques dans leur pratique. De plus en plus de jeunes femmes décident de porter le hijab, alors que femmes plus âgées n’adhèrent pas à cette pratique. La conception bosniaque de l’islam serait mise en péril à cause du financement étranger.

Lors du séjour sur le terrain, il sera possible de comprendre l’importance du financement des mosquées dû au contraste entre l’architecture de celles financées par des pays du Moyen-Orient et les mosquées typiquement bosniaques. De plus, la différence entre les nouvelles constructions et le mauvais état général des non reconstruits et non entretenus pourra être observé.