Par Denisa Maria Cindea et Léa-Dolores Viens-Landé

 

INTRODUCTION 

 

Pour compléter leur DEC, les chercheuses ont dû faire un cours sous le nom de DIASH qui englobe, à l’aide d’une recherche qu’elles devront effectuer, toutes les matières et les informations qu’elles ont apprises tout  au long de leur parcours scolaire. Cependant, elles ont choisi de faire ce cours de façon différent. En effet, elles auront la chance d’effectuer un voyage scolaire en Bosnie-Herzégovine et en Croatie. Le thème principal de leur cours est la guerre et la réconciliation. Plus précisément, les chercheuses ont choisi d’aborder le thème du développement de l’enfance durant la guerre. Celles-ci vont documenter les impacts de la guerre de 1992-1995  en Bosnie-Herzégovine sur le développement des enfants ayant vécu durant cette période. Les thèmes du sujet de recherches touchent le développement de l’enfant, sa scolarisation, sa psychologie et sa vision actuelle sur la vie bosnienne. De plus, il est aussi intéressant de parler des impacts de cette guerre sur les enfants qui ne l’ont pas vécue, mais qui en vivent maintenant les conséquences et les impacts sociaux que cela engendre.

 

Lors du choix du sujet, plusieurs éléments ont été pris en compte. Effectivement, l’intérêt qu’ont les chercheuses pour la psychologie du développement de l’enfance a beaucoup influencé leurs choix. De plus, l’aspect historique de la guerre laissait sous-entendre que les habitants ont dû vivre plusieurs traumatismes. Par la suite, les chercheuses ont entendu parler du «War Childhood Museum» à Sarajevo qui pourrait faire partie du voyage de terrain. Durant le voyage, les chercheuses auront aussi l’occasion d’assister à des témoignages d’habitants qui ont vécu la guerre de 1992 en Bosnie lorsqu’ils étaient enfants.

 

Pour donner un but à leur projet, les chercheuses ont choisi un objectif général de recherche qui est de comprendre l’impact qu’a eu la guerre sur les enfants en Bosnie. En guise de sous-objectif, elles vont d’un, tenter de comprendre comment la guerre de 1992-1995 en Bosnie-Herzégovine a affecté les enfants à l’époque. De deux, elles vont aussi essayer de comprendre comment l’impact de la guerre continue d’affecter la jeunesse.

 

Les chercheuses se sont inspirées de certaines disciplines des sciences humaines qui ont été utiles tout au long de leur recherche. En premier lieu, il y a la psychologie. Les chercheuses ont analysé les répercussions physiques et psychologiques de ces séquelles sur les habitants qui ont été sélectionnés pour la recherche. De plus, elles pensent questionner les personnes ciblées, si l’opportunité se présente sur le terrain, sur la façon dont leurs traumatismes peuvent refaire surface dans leur quotidien. Par la suite, elles vont aussi tenter de demander aux individus ciblés s’ils ont réussi à obtenir une paix intérieure. En second lieu, il y a la sociologie, pour son côté plus social et communautaire. Le pays, soit la Bosnie est encore divisé en deux grandes parties et trois groupes. Il y a les Serbes, les Croates et les Bosniaques. Même s’il est seulement question de ces trois grandes ethnicités, il y a quand même plusieurs petits groupes comme les Juifs. Les chercheuses ont, sur le plan social, analysées et commentées la scolarisation actuelle. Par exemple, il sera question des écoles où les enfants sont tous sous le même toit (one roof, two schools), mais dans des classes différentes selon leur ethnicité. Elles vont aussi explorer la vision des enfants les fréquentant actuellement. En troisième lieu, la politique, cette discipline est moins analysée, mais elle est tout de même importante dans la compréhension du maintien des écoles. Il n’y a pas seulement le maintien, il y a aussi la raison pour laquelle cette technique a été instaurée par le gouvernement. Il est aussi question du siège de 1992-1995 en Bosnie-Herzégovine puisque pour en comprendre son impact, il est important de savoir ce qui s’est produit. En d’autres mots, le traitement qu’ont subi les habitants durant le siège.

 

PROBLÉMATIQUE

 

Lorsque les chercheuses parlent de la guerre de 1992 en Bosnie-Herzégovine, elles abordent plus spécifiquement le siège de Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine, qui s’est produit le 5 avril 1992 jusqu’au 14 décembre 1995. Il s’agit plus spécifiquement d’un conflit entre les forces bosniaques et les forces serbes locales. Ces derniers étaient appuyés par la Serbie et l’Armée populaire yougoslave. Il est aussi important de mentionner qu’il y avait un conflit entre les forces croates (appuyées par la Croatie) et bosniaques avant que celles-ci forment une alliance. En ce qui a trait aux enfants étudiés lors de cette recherche, les chercheuses se sont davantage concentrées sur l’enfance des enfants qui ont vécu durant la période du siège et qui peuvent s’en souvenir. L’enfance est une période où plusieurs changements surviennent. Ces changements affectent le développement physique, le cerveau, la cognition, le langage, la capacité à communiquer, les apprentissages, les émotions, les relations sociales et la santé en général. Il est aussi question des séquelles, si des complications durables sont laissées par traumatisme. Ces séquelles surviennent souvent lors de la phase post-traumatique donc après le trauma. Si les enfants sont bien accompagnés durant la phase post-traumatique, ils développeront la résilience qui consiste à prendre conscience de l’événement traumatisant et à se reconstruire d’une façon socialement acceptable (Cyrulnik, 2002, p. 8).

 

La recherche va davantage porter sur la période de temps entre 1992 et 2019 en Bosnie-Herzégovine. En d’autres mots, du siège de 1992-1995 à aujourd’hui puisque les chercheuses vont examiner le développement psychologique des enfants ayant vécu le siège jusqu’à aujourd’hui. Les enfants qui seront à l’étude étaient âgés, à l’époque, d’environ 10 ans. De plus, puisque les chercheuses veulent voir comment la guerre a affecté le développement psychologique de ces enfants, elles vont questionner des adultes âgés d’environs 37 à 40 ans ayant vécu le siège enfant si le temps et les circonstances leur permettent. Elles vont tenter de comprendre quelles sont les séquelles du siège sur le plan social, physique et cognitif. Finalement, puisque le pays éprouve quelques difficultés à se reconstruire autant psychologiquement que physiquement (bâtiments, rues, etc.) de la guerre, les chercheuses trouvaient pertinents de faire des recherches sur les enfants d’âge scolaire entre la fin du primaire et du début du secondaire qui vivent aujourd’hui. Effectivement, elles trouvaient intéressant de voir comment les séquelles de la guerre affectent ces enfants aujourd’hui. Des séquelles comme la discrimination entre Serbes, Bosniaques et Croates dans les écoles.

 

De plus, un bon sujet de recherche doit être pertinent sur le plan scientifique et social. Dans le cadre de cette recherche, il est possible de dire qu’elle a une pertinence scientifique puisqu’elle peut fournir des informations sur le développement du cerveau des enfants, la neurobiologie, lorsqu’ils vivent en situation de guerre. De plus, cette recherche va permettre de comparer le développement psychologique d’un enfant ayant vécu une expérience traumatisante par rapport à celui d’un enfant ayant vécu une enfance semblable à celui d’une personne de classe moyenne en Amérique du Nord. Ce projet peut être utile pour des psychologues qui s’intéressent aux enfants qui ont subi la guerre. Du point de vue social, cette recherche est aussi pertinente, car elle va permettre de comprendre comment vivent actuellement les adultes ayant vécus la guerre enfants. Quelle aide auraient-ils aimé recevoir du gouvernement pour les aider à passer au travers de leur traumatisme ? Comment perçoivent-ils la vie et leur avenir maintenant ? Cette recherche pourrait peut-être même aider le gouvernement de la Bosnie-Herzégovine à mieux cerner les besoins de sa population et les services qu’il pourrait lui fournir. Il est important de se souvenir que des traumatismes importants peuvent avoir un grand impact sur la vie de quelqu’un passant par sa vie professionnelle à sa vie personnelle. Il sera aussi possible grâce à cette recherche de voir s’il y a encore beaucoup de tension entre l’ancienne et nouvelle génération face aux diverses ethnicités depuis la guerre.

 

ANALYSE

 

Questions 1, 2 et 3

 

Après avoir rédigé l’état de la question les chercheuses ont tenter de répondres aux diverses questions posées en lien avec leur objectif de recherche principal. Pour les trois premières questions soit: «comment les traumatismes que ces adultes ont vécus enfant, influencent leur vie de tous les  jours ?», «quels sont réellement les impacts de la guerre sur le développement des enfants ?» et «qu’est-ce qui arrive aux enfants ayant vécu ces traumatismes et qui n’ont pas pu s’en sortir ?», les chercheuses ont tenté d’y répondre en se basant sur la théorie de leur cours de psychologie deux, soit leur cours de psychologie du développement et diverses sources analysées durant leur recherche.

 

Pour commencer, on peut se baser sur la théorie psychanalytique d’Erikson. Une théorie qui combine les idées de Freud avec le facteur social. Dans le manuel du développement de l’enfance, Erikson affirme que : «La personnalité est influencée par la société et se développe en passant par différentes crises ou alternatives critiques » (Papalia et Martorell, 2018, p. 14) a partir de sa théorie psychosociale. Lors de la conception de cette théorie, Erikson s’est basé sur ses observations à l’égard d’enfants troublés et d’anciens soldats au combat durant la Seconde Guerre mondiale. Selon lui, l’identité évolue durant toute une vie. Cette façon de voir les choses permet de comprendre d’où provient l’inspiration du neuropsychiatre Boris Cyrulnik pour son concept de résilience. Pour continuer, selon Erikson, il y a huit étapes importantes qui mènent à la construction de son identité. Erikson affirme que durant ces étapes, l’être humain devra affronter différentes crises. La façon dont ces crises seront résolues dépendra de l’individu et de son interaction avec son environnement social. Lors du premier stade, il est nécessaire d’affronter la crise de la méfiance et de la confiance. Si quelque chose tourne mal, par exemple, l’enfant a des parents abusifs et agressifs, il se peut qu’il développe des problèmes de confiance qui le suivront durant toute sa vie (Papalia et Martorell, 2018, p. 17). Dans le cas de la guerre en Bosnie- Herzégovine, plusieurs enfants ont commencé à perdre espoir en l’humanité lorsqu’ils ont vu comment l’être humain traite son espèce. Effectivement, étant témoin de la destruction de leur maison et des meurtres de gens pour leur différence, il se peut que ces enfants éprouvent des problèmes de confiance envers les autres et de la méfiance à l’égard du gouvernement et des étrangers comme l’ONU qui n’ont pas su les protéger. À l’adolescence ( 12 ans et +) , il y a la crise de l’identité ou de la confusion des rôles. Cette crise permet à la personne de définir pleinement qui elle est en essayant d’intégrer diverses facettes de sa personnalité, sa compréhension de soi et ses rôles sociaux. Selon Erikson, l’identité : « conception cohérente de soi composée d’objectifs, de valeurs et de croyances auxquels l’individu est fortement attaché.» (Papalia et Martorell, 2018, p. 308) Il est évident qu’un jeune enfant / adolescent ayant vécu la guerre a plus de chances de ressentir une perte de croyances, de repères et de valeurs. Dans le cas de la guerre en Bosnie-Herzégovine, des enfants/ adolescents qui croyaient à la force d’un monde égalitaire où tous cohabitent  en paix ont probablement reçu un gros choc. Effectivement, puisque les «Serbes» étaient devenus les «méchants», l’idéologie de cohabitation avec cette nationalité était finie. Il y a aussi l’importance de vivre une vie stable. En d’autres mots, de vivre dans une maison avec de la nourriture. Un manque de stabilité peut engendrer un important stress. Le genre de stress causé par ce manque de stabilité dans leurs vies est peut-être la raison pour laquelle les adultes d’aujourd’hui, dans le pire des cas, sont devenus des personnes angoissées. Une angoisse plus dangereuse que la normale. Dans le cas de Zlata, une jeune bosniaque de 13 ans qui a vécu le siège en Bosnie- Herzégovine, elle raconte, dans son journal intime, comment sa meilleure amie est morte : «NINA, ELLE, EST MORTE. Un éclat lui a fracassé le crâne. Et elle est morte… On était ensemble à la garderie, et au parc, on jouait souvent… Nina, onze ans, victime innocente d’une guerre stupide. Je suis triste. Je pleure. Je ne comprends pas pourquoi elle est morte… Une guerre dégoûtante a tué une petite vie d’enfant… » ( Filipovic, 1993, p. 59-60). Les chercheuses peuvent donc conclure que cet incident aura un impact sur toute la vie de Zlata. Il est donc possible de comprendre que sa perception du monde qui l’entoure a changé. Les chercheuses vont élaborer sur ce que vivent les enfants comme Zlata qui ont perdu des proches à cause de la guerre et sur ce que cela peut entraîner au niveau de leur développement dans les prochains paragraphes.

 

Pour continuer, lors d’une de ses visites dans un camp de réfugiés bosniaques en 1993, la Dr. Linda Morisseau a effectué une analyse clinique psychologique (de la psychothérapie) sur les enfants de ses réfugiées. Dans son analyse, elle parle entre autres de la façon dont les enfants vivent avec tous leurs traumatismes et de leurs différences par rapport à d’autres enfants n’ayant pas eu la même expérience qu’eux. En prenant l’exemple d’un des enfants de trois ans qu’elle a rencontré, elle raconte comment ces enfants ont à leurs âges précoces un vocabulaire très riche, précis et diversifié. (Morisseau, 1993, p. 166). Il est très logique de penser que ces enfants vont conserver ce vocabulaire diversifié pour raconter leurs histoires même à l’âge adulte. Il est aussi possible de supposer que leur vocabulaire va aussi évoluer et devenir plus riche avec le temps par rapport aux autres. Une autre trace de leur passé qui va les suivre toute leur vie. Bien sûr, il se peut que ce ne soit pas le cas pour tout le monde. Pour poursuivre, l’enfant parle aussi de comment il a perdu son lapin en Bosnie en même temps que sa grand-mère et de sa vie avant la guerre qu’il aimait tant. Elle raconte comment cet enfant souffre aussi de l’effondrement de ses parents. D’autres enfants qu’elle a rencontrés ont démontré qu’ils avaient perdu leur imaginaire et leur enfance. (Morisseau, 1993, p. 166). Son pronostic final est le suivant : «Ces enfants risquent d’être envahis toute leur vie par des idées de vengeance, prenant un fusil à 10 ans, ou avoir des comportements de violence où le lien n’est plus fait avec le traumatisme initial. Leur vie pourra être accompagnée par des sentiments de persécution ou de dépression»  (Morisseau, 1993, p. 167). Alors en se basant sur les recherches du Dr. Morisseau, les chercheuses peuvent donc supposer qu’un enfant qui ne sera pas pris en charge par une aide psychologique risque fort de vivre le reste de son enfance et de sa vie adulte des séries de dépressions et un sentiment de persécution.

 

Dans une recherche universitaire à Sarajevo, des chercheurs, en mars et avril 1995, ont tenté de comprendre les impacts de la guerre sur les enfants de Dobrinja, « le plus grand quartier de l’agglomération de Sarajevo» (Dapic, Sultanovic et al, 2002, p. 23). Dans leur enquête, ils ont recensé à l’aide de questionnaires, un grand nombre de traumatismes que les enfants ont vécus. Effectivement, 90,7% des enfants affirment avoir vu un blessé de guerre, 78,1% ont subi une attaque ou un bombardement sur leur maison,74,3% ont vu quelqu’un mourir, 72,1% ont cru qu’ils allaient mourir, 14,3% ont été personnellement menacés d’être tué, 52% ont dû vivre la perte de leur proche soit leurs parents, frère ou soeur, 42,6 % ont été obligés de quitter leur village/ville natale, 26,1% ont été séparés de leur parent durant le siège, 23,5% ont eu peur de mourir de froid et 21,3% ont eu peur de mourir de faim.  (Dapic, Sultanovic et al, 2002, p. 26-27). Ces chiffres ont pour but de choquer et de faire réaliser que les dommages ne sont pas mineurs. Alors, oui, les chercheuses peuvent facilement affirmer que ces traumatismes vont avoir des impacts sur le développement de ces enfants. Les chercheurs cités ont aussi voulu savoir ce que ces traumatismes ont eu comme effets sur ces enfants après la guerre. C’est en posant la question qu’ils ont appris que

« 42,1% d’enfants déclarent qu’ils se sentent fréquemment bouleversés par tout ce qui leur rappelle l’événement effrayant. Un tiers des enfants (34,4%) déclare que des images d’événement traumatique font fréquemment intrusion dans leurs pensées, ou qu’ils ressentent des émotions qu’ils ne peuvent pas facilement décrire (33,3%). Un quart (24,6%) de la population étudiée pense fréquemment, de façon involontaire, à cet événement ; 24,04% à l’expérience fréquente d’émotions soudaines et intenses; 23,5 % a fréquemment des difficultés d’endormissement ou des réveils soudains, causés par les images ou pensés concernant l’événement effrayant(…) la majorité des enfants (57,4%) essaie fréquemment d’éviter tout ce qui rappelle l’événement traumatique, s’efforce de ne pas y penser (56,8%), de l’oublier (47,5%), d’éviter chaque entretien sur l’événement (41%) ou évite de s’émouvoir (33,3%) si quelque chose lui rappelle celui-ci» (Dapic, Sultanovic et al, 2002, p. 28-29).

Ces chiffres démontrent parfaitement que le taux d’enfants qui vivent des séquelles des traumatismes vécues est important. Les chercheuses peuvent parfaitement affirmer dans ce cas-là que si ces enfants ne reçoivent pas d’aide thérapeutique et médicale, les répercussions sur leur vie en tant qu’un adulte sont inévitables. Dans la recherche, il est question de répercussions économiques, sociales et familiales. Il y a même une menace à long terme sur l’apprentissage de ces enfants. Par exemple, à long terme, la personne peut commencer à s’isoler de son entourage et développer des problèmes d’attachement s’ils ont vu un proche mourir. Une femme ou un homme, adulte, qui a vécu la guerre enfant et qui a vu des gens mourir pourrait aussi décider de ne pas avoir d’enfants  ou de ne pas fonder une famille s’il a vu son frère, sa sœur ou ses parents mourir. Il peut aussi être question de répercussions économiques dans le cas où la personne sombre dans l’alcoolisme pour oublier les traumatismes vécus. Dans ce cas-là, celui-ci risque de ne avoir d’emploi et d’avoir besoin d’aide supplémentaire.

 

Questions 4 et 5 — Quels facteurs de protections favorisent les enfants qui s’en sortent ? Ces enfants peuvent-ils un jour revivre une vie normale ou sont-ils hantés par leur douloureux souvenir ?

 

Comme il est expliqué au début de l’analyse, si pendant l’une des diverses étapes de la théorie d’Erikson il se passe quelque chose qui empêche l’enfant de passer au travers de la crise, cela ne veut pas dire qu’il est condamné à tout jamais.  Par exemple, si la personne a eu des problèmes à passer au travers de la crise «méfiance vs confiance», peut-être que lors de sa première relation amoureuse il va réussir à expérimenter une nouvelle forme d’attachement, un attachement sécurisant qui l’aidera à devenir plus confiant. (Papalia et Martorell, 2018, p.17) Alors, la personne en tant que telle peut s’en sortir. Il ne faut pas oublier que certains facteurs de protection peuvent contribuer à augmenter les chances qu’a un enfant pour s’en sortir. En psychologie du développement lorsqu’il a été question du neuropsychiatre Boris Cyrulnik, l’enseignante a introduit le concept de facteurs de risque et des facteurs de protection.  Pour bien comprendre ce qui va suivre, il est important de comprendre ce qu’est un facteur à risque. Un facteur de risque

est une caractéristique interne ou externe qui augmente la probabilité de développer une maladie ou de souffrir d’un traumatisme. Il peut représenter quelqu’un qui est méfiant depuis qu’il est jeune. Une personne qui a de la difficulté à faire confiance aux autres ou à chercher de l’aide. Une personne de ce type-là peut être qualifiée de personne vulnérable, car si une crise survient, par exemple une guerre, elle n’ira pas chercher l’aide dont elle a besoin ce qui pourrait lui être fatale. Au contraire, une personne positive dans la vie de tous les jours et persévérante a plusieurs facteurs de protection qui l’aideront à passer au travers d’une crise. Cette personne est donc qualifiée comme résiliente. La résilience c’est la « capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comportent normalement le risque grave d’une issue négative.» (Cyrulnik,  2002, p. 8) Il y a aussi d’autres facteurs en jeux comme les mécanismes de défense qui sont très importants lorsqu’une personne vit une expérience traumatique. Si la personne est incapable d’utiliser un mécanisme de défense pour se protéger mentalement alors il y a un gros risque que cette personne développe une maladie mentale. Les mécanismes les plus fréquemment utilisés sont entre autres le clivage, la rêverie, l’intellectualisation, l’abstraction, le déni et l’humour. Le clivage est une séparation personnelle de la personne, c’est, par exemple, une séparation entre sa personne qui rit de la guerre et celle qui souffre encore de la guerre. La rêverie permet à l’individu de s’évader et de s’échapper un peu des facteurs stressants qui l’entourent. L’intellectualisation est au contraire de la rêverie lorsqu’on minimise l’importance du ressenti du sujet et qu’on lui attribue une définition théorique. C’est comme s’il y avait une sorte de détachement, car la personne généralise ce qui lui arrive. L’abstraction permet de s’évader d’une réalité pénible en privilégiant le monde des idées et du raisonnement logique. L’humour est un des mécanismes de défense qui consiste à présenter une situation traumatisante de manière à faire ressortir des informations ironiques et insolites. Pour finir, il y a le déni qui consiste à dire que tout est correct. Cependant, on n’accepte pas la réalité pour ce qu’elle est vraiment (Cyrulnik,  2002, p.10-11). Les mécanismes de défense ont pour finalité de réduire et de supprimer les souvenirs d’événement dangereux. Ils sont donc sains pour une personne ayant vécu un traumatisme, mais il faut savoir quand revenir à la réalité et affronter ses démons du passé. Si l’on ne les affronte pas, on revient à l’évitement et au déni et cela va engendrer une accumulation de pulsions néfastes pour l’individu en crise. Les mécanismes de défense de façon saine sont là pour un court temps et c’est grâce à eux que les enfants peuvent acquérir la résilience.

 

Maintenant, il est aussi important de parler du modèle de développement biopsychosocial qui stipule que le développement d’une personne est formé par l’interaction de facteurs biologiques, sociaux et psychologiques. Ce modèle de développement tient beaucoup en compte l’aspect environnemental, un facteur très important à considérer si les gens veulent mettre tout à la disposition des enfants pour qu’ils s’en sortent. Dans son analyse, le Dr. Lynda Morisseau affirmait que  «si l’on veut que ces enfants reviennent à la vie, pour devenir adultes, des thérapies doivent donc être menées, en urgence par des spécialistes. Elles doivent permettre aux enfants de retrouver leur imaginaire infantile et de pouvoir progressivement exprimer ce qu’ils ont vécu afin que le refoulement n’enkyste pas ces images qui réapparaîtront plus tard sous d’autres formes» (Morisseau, 1993, p. 167). Ainsi, il est possible de réaliser comment il est important de favoriser l’accès à une thérapie pour ces enfants qui sont victimes de la guerre. C’est un facteur important pour favoriser leur chance de s’en sortir. L’une des thérapies fréquemment utilisées est  l’aide psychosociale. Cette aide est disponible aux élèves et leur parent dans la guerre. C’est un type de thérapie qui permet au patient d’exprimer ce qu’ils ressentent et de le comprendre. C’est aussi un soutien professionnel rapide en période de crise. (Dapic, Sultanovic et al., 2002, p. 23). Un mode de vie communautaire actif et solidaire est aussi un facteur de protection. Effectivement dans leur recherche les chercheurs ont remarqué que : «Les enfants de Dobrinja ont été plus exposés aux horreurs de la guerre que ceux de Sarajevo, ils sont pourtant moins dépressifs que ces derniers; cet effet peut être mis en relation avec le mode de vie très communautaire, solidaire et active de Dobrinja»(Dapic, Sultanovic et al., 2002, p. 27). Cela démontre donc l’importance d’un environnement solidaire autour d’un enfant ayant vécu la guerre. Sans oublier, qu’il faut aussi  «coordonner les efforts de tous les intervenants dans le domaine de la protection des familles et de l’enfance, afin de créer les conditions de la mise en place de programmes de prévention et d’intervention psycho-éducative et psychosociale adéquats et de longue haleine, appuyée sur les réseaux existants de soutien et d’action sociale»(Dapic, Sultanovic et al, 2002, p. 26-27). C’est pourquoi il est crucial de mettre en place de l’aide accessible à tous, car cela peut faire toute la différence entre un enfant qui a subi un traumatisme et qui n’a pas été traité en thérapie et un enfant qui est allé en thérapie. Alors pour répondre à la question qui demandait si une personne peut s’en sortir, la réponse est oui. De plus, il est important de noter qu’une personne qui n’est jamais allée en thérapie ou fait quoi que ce soit pour passer au travers de ses traumatismes risque d’être hantée à vie. Mais une personne qui a reçu et utilisé tous les outils mis à sa disposition a toutes les chances de s’en sortir comme l’avait si bien dit Boris Cyrulnik.

 

Question 6— Comment les enfants d’aujourd’hui vivent-ils les séquelles du siège du 5 avril 1992 jusqu’au 14 décembre 1995

 

Aujourd’hui, un phénomène différent peuple les écoles de la Bosnie. Le phénomène de deux écoles sous le même toit a été instauré. Malgré cela, certaines écoles restent tout de même mixtes. Dans les écoles ségrégées, les jeunes sont répartis dans des classes selon leurs ethnicités. Même que dans certaines écoles, les élèves ont des horaires de classes différentes. Par exemple, une semaine sur deux, les Serbes ont de l’école en matinée et les Croates ont de l’école en après-midi (Hadziristic, 2017, p. 2). Selon une étude de l’ONG Save the children, un élève sur quatre et un enseignant d’école primaire et secondaire sur 10 estiment que chaque nation qui compose la Bosnie-Herzégovine devrait avoir sa propre école séparée. L’étude stipule aussi que la création d’écoles ségrégée est le souhait d’un élève bosniaque sur 10, un élève serbe sur cinq, un élève croate sur 3 et un élève sur 20 de la catégorie « autre », soit ceux qui ne souhaitant pas se définir dans aucune des 3 nations (Nezavisne, 2009). Lors de cours, alors que les étudiants bosniaques apprennent l’histoire de la Bosnie, les étudiants croates apprennent l’histoire de la Croatie voisine. De plus, les bosniaques apprennent la langue qu’ils parlent conformément aux nouvelles règles de la grammaire et de l’orthographe bosniaques, les élèves croates suivent la même langue selon les règles de la grammaire croate. En conclusion, ils ont des apprentissages historiques et linguistiques très différents concernant plusieurs cours. C’est pour des raisons politiques que cette nouvelle éducation s’est établie. Elle a été instaurée par le gouvernement il y a environ deux décennies. Le gouvernement bosnien est bien spécial, il est subdivisé en 3. Ce mode gouvernemental se nomme le triumvirat. Le triumvirat est un ensemble de trois de chefs d’État chargé de remplir simultanément une même fonction. Sur une période de quatre ans, ils présideront en alternance pour une durée de huit mois (cours de politique Jacques Provost 2018). Selon la ministre de l’Éducation du canton de Bosnie centrale, Katica Čerkez, il serait inacceptable que les écoles s’unissent et imposent ainsi une langue à tous les élèves, car chacun a sa propre langue. Au contraire de la ministre, certaines initiatives locales visant à mettre fin à ce modèle ont été encouragées ces dernières années par le groupe de défense des droits Vaša Prava, qui a engagé une action en justice pour discrimination dans deux écoles séparées en Herzégovine. En 2014, la Cour suprême de la Fédération a jugé que le canton d’Herzégovine-Neretva devait mettre fin à la ségrégation scolaire de toutes ses écoles (Hadziristic, 2017, p.10). Cette même année, les trois dirigeants provenant chacun d’un mouvement ethno nationaliste n’ont pas appliqué la loi à tous les cantons de Bosnie-Herzégovine, car cela viendrait contrer leur idéologie, soit ressouder la division ethnique et diminuer la peur et la méfiance (cours de politique Jacques Provost 2018). Leurs partis prônent tout le contraire et c’est pour cela que plutôt qu’aller de l’avant vers l’intégration et la réconciliation, le système n’a fait que renforcer les frontières. En changeant de partis au pouvoir, il pourrait y avoir une déségrégation des écoles, ce serait un premier pas vers la mixité et la réconciliation des trois grands groupes (Hadzic, 2018, p.2).

 

CONCLUSION

 

En conclusion, les chercheuses ont réussi à comprendre et documenter leur objectif général de recherche qui était de comprendre l’impact qu’a eu la guerre sur les enfants en Bosnie. En guise de sous-objectif, elles ont compris comment la guerre de 1992 à 1995 en Bosnie-Herzégovine a affecté les enfants à l’époque. En effet, ces derniers ont subi d’importants traumatismes. Les chercheuses ont donc conclu en se fiant sur les notions apprises et leurs diverses sources que ces traumatismes ont eu comme impact d’augmenter le taux d’angoisse, de dépression et de violence chez les enfants. D’autres enfants repensent souvent à leurs traumatismes et ont des problèmes d’insomnies.  C’est pourquoi tous les professionnels s’entendent pour dire qu’il est crucial de fournir de l’aide psychologique à ces enfants pour qu’ils puissent quand même bien se développer en tant qu’adultes. Ensuite, elles ont aussi compris comment l’impact de la guerre continue d’affecter la jeunesse.

L’impact de la guerre est encore bien présent et il affecte les générations futures. Un des exemples explorés dans ce projet a été les deux écoles sur le même toit. La guerre a amené le pays à se diviser en trois. Selon les dirigeants, il serait inacceptable que les écoles s’unissent et imposent ainsi une langue à tous les élèves, car chacun a sa propre langue. L’impact de cet événement traumatisant a amené la division ethnique, la peur et la méfiance. Les frontières ethniques sont de plus en plus renforcées par le gouvernement.

Sur le terrain

Selon les chercheuses, il serait fort intéressant de discuter avec des personnes qui ont vécu cette guerre pendant leur jeune âge. Pas seulement lire des témoignages, mais aussi avoir l’occasion d’échanger et d’écouter leur témoignage de vive voix. Lors du voyage, les chercheuses vont avoir la chance de pouvoir rencontrer au moins deux individus ayant vécu la guerre enfants. Pour leur recherche, il serait pertinent de rencontrer au moins deux autres individus. Pouvoir comparer plusieurs témoignages permet d’établir un plus grand portrait sur le sujet. Les chercheuses feront leur possible pour ne pas mettre de pression sur les personnes lors de leurs témoignages. Elles vont attendre que les sujets soient prêts à s’ouvrir à elles. Elles trouveraient fort intéressant la visite le musée de l’enfance. Le War Childhood Museum contient une collection d’environ 4000 objets accompagnés de cours texte. Cela permet d’illustrer la façon dont les enfants ont vécu cette guerre. Ce musée parvient aussi à démontrer comment les enfants ont réussi à faire la paix avec leur passé. De plus, le musée renferme quelques témoignages d’adultes ayant vécu la guerre de 1992 lorsqu’ils étaient enfants. C’est Jasminko Halilovic qui est le cerveau derrière l’idée. Il a réussi à recueillir 1000 réponses. Certaines d’entre elles contribuent à faire entendre son point. C’est-à-dire que les enfants en temps de guerre ne se victimisent pas, mais font plutôt preuve de résilience et de créativité. Il serait intéressant selon les chercheuses de visiter ce musée, car c’est avec ces témoignages, ces objets et ces textes qu’il sera possible au groupe de comprendre un peu plus la guerre sous un œil infantile.

 

Médiagraphie

 

Article de journal

 

AFP. (8 février 2017). Bosnie: un musée raconte l’enfance dans la guerre. L’Express. Repéré à https://www.lexpress.fr/actualites/1/monde/bosnie-un-musee-raconte-l-enfance-dans-la-guerre_1877170.html

 

Bussard, S. (20 septembre 2018). Jasminko Halilovic, d’enfant de la guerre à héraut de la paix. Le Temps. Repéré à https://www.letemps.ch/monde/jasminko-halilovic-denfant-guerre-heraut-paix

 

Hadziristic, T. (3 mars 2017). Two schools under one roof: a lesson in ethnic unmixing from Bosnia’s segregated school system. Open democracy. Repéré à   

https://www.opendemocracy.net/en/can-europe-make-it/two-schools-under-one-roof-lesson-in-ethnic-unmixing-from-bosnia-/

 

Hadzic, A. (4 déc. 2018). Is the Situation with « Two Schools under One Roof » getting better? Sarajevo Times. Repéré à http://www.sarajevotimes.com/is-the-situation-with-two-schools-under-one-roof-getting-better/

 

Vucenovic, B. (2009) «Chacun chez soi»: élèves et enseignants plébiscitent-ils la ségrégation scolaire ?, Courrier des Balkans, repéré à https://www.courrierdesbalkans.fr/spip.php?page=article&id_article=14135&cdbvisu=14135

 

Article de périodique scientifique

 

Dapic, R., Sultanovic, M., Jahic, H. S., Cerimagic, D., Bajramovic, I., & Lomigora, A. (2002). Polytraumatismes de guerre chez les enfants de Dobrinja. Champ psychosomatique, no 28(4),2336.Repéré à https://www.cairn.info/revue-champ-psychosomatique-2002-4-page-23.htm

 

Morisseau, D. L. (1993). L’enfant traumatisé par la guerre dans l’ex-Yougoslavie : Au-delà de l’indifférence….Confluences Méditerranée , (7), p. 165-169. Repéré à  https://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/9_7 _19.pdf

 

Morokvasic, M. (1992). La guerre et les réfugiés dans l’ex-Yougoslavie. Revue européenne des migrations internationales, 8 (2), p. 5-25. doi : 10.3406/remi.1992.1319

 

Poizat, D. (2008).  La leçon de Sarajevo. Reliance, 2(28), p. 8-16. doi: 10.3917/reli.028.0008.

 

Document PDF

 

Unicef for every child. (2018). Born into war : 1,000 days of lost childhood. Repéré à https://www.unicef.org/yemen/YEM_resources_bornintowar.pdf

 

UNICEF. (2019). Les enfants et la guerre. Repéré à https://www.unicef.ch/sites/default /files/2018-   08/unicef_fs_kindersoldaten_2018_fr.pdf

 

Sites d’organisation

 

UNICEF. (2019). Les enfants exposés à la guerre. Repéré à https://www.unicef.ch/fr/notre-travail/programmes/les-enfants-exposes-la-guerre

 

UNICEF. (2015). Boris Cyrulnik : La majorité des enfants peut s’en sortir. Repéré à https://www.unicef.fr/article/boris-cyrulnik-la-majorite-des-enfants-peut-sen-sortir

 

Monographie

 

Hatzfeld, J. (1994). L’ Air de la guerre : Sur les routes de Croatie et de Bosnie-Herzégovine. Paris, France : Editions de l’Olivier.

 

Filipovic, Z. (1993). Le journal de Zlata. Paris : Paris: Laffont ; Fixot.

 

Papalia, D.E et Martorell, G. (2018). Psychologie du développement humain. Montréal, Québec:

Chenelière éducation.

 

Cyrulnik, Boris. (2002). Un merveilleux malheur. France, Paris : ODILE Jacob.

 

Notes de cours

 

Provost, J. ( 2017). 385-103-EM. Idéologies et régimes politiques. Document inédit.