Par Amélie Hervieux et Florence Bourque

 

Introduction

 

L’entrevue de Casques bleus canadiens à Tout le Monde en Parle le 4 novembre 2018 est le point de départ qui a servi d’inspiration pour le choix du sujet. Ensuite, le visionnement du documentaire Faire la paix avec la guerre est venu confirmer l’intérêt du sujet d’étude. Les Canadiens du documentaire sont vus dans différentes régions de la Bosnie, notamment à Sarajevo qui sera une ville visitée lors du séjour sur le terrain. Entendre les Casques bleus canadiens parler de leur expérience en Bosnie-Herzégovine et de leur sentiment d’impuissance a mené à un sujet plus large : le rôle de l’ONU en tant qu’institution.

Suite aux conflits yougoslaves des années 90, plusieurs ont critiqué le rôle et l’inaction des Nations Unies, particulièrement en Bosnie-Herzégovine. Nous tenterons lors de notre travail d’évaluer l’efficacité des Nations Unies dans ce conflit.

Cette recherche a comme objectif général d’analyser l’efficacité du rôle de l’ONU lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine de 1992 à 1995.

L’analyse sera appuyée par des connaissances en matière juridique : la compréhension de la complexité du langage juridique afin d’analyser comment les lois et les articles de la Charte des Nations Unies ont été appliqués et dans quels cas elles ont pu être brimées par des actions on inactions des Casques bleus. De plus, la connaissance des droits fondamentaux de l’homme permet d’évaluer comment les forces serbes ont commis des crimes contre l’humanité selon la Déclaration des droits de l’homme. Ensuite, les connaissances acquises en science politique permettront de déterminer si la guerre de Bosnie était une guerre civile selon quatre critères et qui déterminent si l’indépendance ou non d’un État peut influencer la volonté d’intervention de l’ONU.

 

Mandat de la FORPRONU

 

Selon l’ONU, trois principes essentiels et de base permettent de mettre en place une mission de maintien de la paix : « le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense ou de défense du mandat » (Principles of peacekeeping | United Nations Peacekeeping, s. d.).

La Force de protection des Nations Unies (FORPRONU) a été « créée initialement en tant qu’opération provisoire visant à créer les conditions de paix et de sécurité nécessaires à la négociation d’un règlement d’ensemble de la crise yougoslave » (FORPRONU, s. d.). Elle avait comme mandat de surveiller un cessez-le-feu déjà existant en Bosnie-Herzégovine et de garder la population en vie le temps que la guerre prenne fin. Ce mandat se traduit en quatre phases. Premièrement, la FORPRONU était responsable de protéger l’aéroport de Sarajevo (résolution 758) pour des raisons d’aide humanitaire. Deuxièmement, cette force de protection a été mandatée par le Conseil de sécurité afin de protéger les convois humanitaires et de procurer de l’assistance au sol pour les routes à risques. Troisièmement, il était du devoir de la FORPRONU de protéger les zones de sécurité, telle que Srebrenica (résolution 819), des attaques armées et de tout autre acte hostile. Quatrièmement, surveiller les zones d’exclusion d’armes et les cessez-le-feu (United Nations Protection Force, 2019).

 

Échec de l’ONU

             La thèse de Randy G. Masten (2004) est un élément important de l’analyse de l’échec de l’ONU. Masten est un vétéran de l’armée américaine et détient un doctorat en histoire militaire de l’université du Kansas.

Selon la thèse de Masten (2004), la Force de Protection de Nations Unies a échoué dans l’application de leur mandat (p. 1). De plus, l’ONU et le Conseil de sécurité des Nations Unies (CS) ont échoué à livrer un mandat et des résolutions clairs. En effet, les résolutions imprécises du CS n’ont pas été rédigées de façon à être appliquées en actions militaires concrètes. Les Casques bleus ont été envoyés dans des missions dont les mandats et les tâches étaient ambigus. De plus, ils avaient une autorité limitée, peu de pouvoir de combat et devaient fonctionner avec des chaînes de commandement complexes et longues. La recherche de Masten (2004) explique l’échec de l’institution onusienne selon quatre éléments problématiques : l’insistance de la maxime de neutralité au lieu de l’impartialité, l’échec de maintenir une volonté politique internationale pour les missions, l’échec de maintenir la légitimité des missions et l’absence d’efforts unifiés au sein de l’ONU pour atteindre l’état final des missions (p. 2). Ces quatre thèses seront développées lors de l’analyse.

 

Neutralité et impartialité

Premièrement, l’insistance de la maxime de neutralité est un élément d’échec. En effet, une mission de maintien de la paix doit respecter le principe d’impartialité et non celui de la neutralité. Selon les principes du maintien de la paix des Nations Unies (s. d.), « [l] » impartialité est essentielle pour préserver le consentement et la coopération des principales parties », mais « elle ne doit pas se confondre avec la neutralité ou l’inaction ». Jean Pictet, docteur en droit et professeur de droit international humanitaire à l’Université de Genève, décrit l’impartialité ainsi : « contrairement à ce qu’indique l’étymologie du mot, être impartial n’est pas ne pas prendre parti. C’est, lorsque l’on prend parti, le faire sans préférence personnelle. L’impartialité, contrairement à la neutralité, implique donc une décision. L’impartial choisit, le neutre s’abstient de le faire » (Jeangène Vilmer, 2011). De plus, la mission de la FORPRONU était de chapitre VII selon la Charte de Nations Unies. Cela donnait droit aux Casques bleus « [d’] entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu’il [s] juge [nt] nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales » (Chapitre VII, 2015). Par contre, la FORPRONU s’est montrée réticente à utiliser la force contre les unités de l’armée de la république serbe de Bosnie (VRS), même si celles-ci contrevenaient aux accords de paix.

 

Volonté politique internationale

Deuxièmement, le manque de volonté politique international a eu un impact sur la réussite de la mission. La Yougoslavie est entrée en période de désintégration rapide dès 1991 avec les déclarations d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie. Le 6 avril 1992, la Communauté européenne (CE) reconnaît l’indépendance de la Bosnie (Masten, 2004, p. 33). Le 12 mai 1992, le secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali (Liste des Secrétaires généraux des Nations unies, s. d.), reconnaît que les Serbes de Bosnie « travaillent » pour créer des régions ethniquement pures en Bosnie (Masten, 2004, p. 33). La FORPRONU n’est déployée en Bosnie qu’à partir de juin 1992, car le conflit était considéré comme une guerre civile, donc les Casques bleus n’y avaient pas leurs places selon la communauté internationale. Il existe différentes opinions quant à la nature de cette guerre. Par contre, en se basant sur les quatre critères qui définissent un État, la guerre de Bosnie-Herzégovine est civile. Un État doit posséder un territoire et des frontières claires, avoir une population qui s’identifie à l’histoire, la trajectoire et le territoire, avoir une autorité politique reconnue comme légitime et finalement avoir la reconnaissance internationale (Veillette, communication personnelle, 2019). Dans le cas de la Bosnie, elle ne possédait pas de territoire et de frontière clairement définie, car les Bosniens et les Serbes ne s’entendent pas sur les frontières. La population est divisée quant à la trajectoire du pays, soit de devenir indépendant de la Yougoslavie. Il y a avait une forte présence de Serbes en Bosnie qui ne souhaitent pas l’indépendance. Ensuite, l’autorité politique n’était pas reconnue comme légitime, du point de vue des Serbes et des Serbes de Bosnie. Finalement, la Bosnie n’est pas reconnue comme indépendante à l’internationale du point de vue serbe. Donc, il est vrai que le conflit était une guerre civile, toutefois cela ne semble pas justifier l’attente de l’ONU avant d’intervenir entre avril 1992 (début des hostilités) et juin 1992 (intervention de la FORPRONU), car l’ONU affirme que depuis la guerre froide, les Casques bleus interviennent dans les guerres civiles (Nations Unies, s. d.). L’indépendance d’un État n’est donc pas une caractéristique importante lors de la décision d’intervenir dans un conflit selon les quatre critères politiques. Un autre aspect du délai d’intervention est causé par la Communauté européenne (CE). Elle voulait tenter de négocier des accords de paix entre les parties du conflit. La guerre en Bosnie n’était pas une priorité pour la communauté internationale. Au départ, les États-Unis ne se sentent pas concernés, car ils sont impliqués en Irak et ont peu d’intérêts pour la Bosnie. D’ailleurs, la communauté internationale est prise au dépourvu par la nature nationaliste du conflit et les actes de nettoyage ethnique qui débutent. Masten (2004) estime que la réponse de l’ONU face au conflit lors des deux premières années a été lente, improductive et désordonnée (p. 34).

 

L’efficacité de la mission de la FORPRONU

Troisièmement, le maintien de l’efficacité des missions en Bosnie n’a pas été réussi. Afin qu’une mission de maintien de la paix soit approuvée par le Conseil de Sécurité de l’ONU, les belligérants du conflit doivent être d’accord à ce que les Casques bleus interviennent pour mettre fin au conflit. Toutefois, les factions en guerre n’ont pas reconnu l’efficacité de la FORPRONU. En effet, la force de protection était hésitante à faire usage de la force afin de conserver son apparence d’impartialité. Ainsi, il y avait peu de respect des cessez-le-feu et des zones de sécurité, car il n’y avait pas de réelle sanction pour décourager les contrevenants (les Serbes de Bosnie et tout autre opposant). Ces derniers avaient donc l’avantage lors des négociations et plus les Serbes gagnaient du territoire, moins l’ONU avait de l’efficacité. Les plans des paix et résolutions de l’ONU ont fait peu pour empêcher les Serbes de gagner du terrain créer une région « ethniquement pure » dans l’Est de la Bosnie. Enfin, selon Masten (2004), les civils n’ont pas reconnu la légitimité et l’efficacité de l’ONU : ils croyaient que les Nations Unies pourraient les protéger et arrêter les violations du cessez-le-feu (p. 38). Une annonce dans le mandat de l’ONU est importante : la FORPRONU devait surveiller les cessez-le-feu et non de les faire appliquer. (Masten, 2004, p. 38).

 

L’absence d’efforts unifiés

Quatrièmement, l’absence d’efforts unifiés au sein de l’ONU pour atteindre l’état final des missions est le dernier élément à considérer dans l’échec de la mission onusienne en Bosnie-Herzégovine selon la thèse de Masten (2004). La première étape afin de s’assurer d’avoir des efforts unifiés, c’est de désigner un commandant compétent et lui donner l’autorité nécessaire, les armes et la force pour bien mener la mission. Cela n’a pas été fait pour la FORPRONU. Masten (2004) explique que les pouvoirs centraux (Russie, Royaume-Uni, États-Unis, France et Allemagne) ont largement manqué d’efforts unifiés (p. 43). De plus, le manque de coordination à l’intérieur des Nations Unies entre le Conseil de sécurité (New York) et les opérations sur le terrain (Bosnie-Herzégovine) ont aggravé la situation quant au manque d’efforts unifiés (Masten, 2004, p. 43). Effectivement, les efforts politiques et diplomatiques de l’ONU ne prenaient pas en compte les réalités sur le terrain en Bosnie. De plus, l’ONU ne faisait pas la promotion du principe des efforts unifiés au sein de la FORPRONU. Des longues chaînes de commandement simultanées ont empêché d’unifier les efforts et de faire avancer la mission vers la réussite. Il a été mentionné que la mission de la FORPRONU était catégorisée de Chapitre VII, toutefois, le Conseil de sécurité n’a pas voulu déclarer les Serbes comme étant l’ennemi du conflit. Donc, le CS n’a pas autorisé que le Chapitre VII (action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’actes d’agression) soit complètement implanté à la mission. Cela a restreint la capacité de la FORPRONU à protéger les civiles et à forcer l’arrêt des opérations de la VRS.

Conformément à la thèse de Masten (2004), le massacre de Srebrenica en juillet 1995 est un exemple concret de l’échec de la mission onusienne. La capitulation des troupes néerlandaises de la FORPRONU à Srebrenica démontre que les bonnes intentions de l’ONU ne pouvaient pas compenser le manque de planification, l’ambiguïté et la confusion de la FORPRONU et de sa mission de maintien de la paix. La neutralité, le manque de volonté politique internationale, l’échec du maintien de la légitimité de la mission et le mépris du principe d’efforts unifiés ont contribué aux atrocités à Srebrenica (p. 71). Masten (2004) mentionne dans sa thèse que « Cyrus Vance, représentant du secrétaire général de l’ONU, et David Lord Owen, représentant de la présidence de la Communauté européenne » (p. 60), ont averti le conseil de sécurité de l’ONU que la création des zones de sécurité pourrait encourager le nettoyage ethnique dans l’Est de la Bosnie (p. 57). La résolution 819, qui déclare que Srebrenica est une zone de sécurité (Security Council Resolution 819 – UNSCR, s. d.), est tout de même appliquée (Masten, 2004, p. 67).

 

Échec des États

Dans son article, Thierry Tardy (2006) soutient qu’il y a eu des échecs dans la mission de la FORPRONU lors des conflits yougoslaves. Toutefois, l’analyse de ces échecs se fait en questionnant le rôle des États et de la communauté internationale lors de la guerre. L’auteur explique que les raisons de l’échec sont « d’ordre politique, institutionnel et doctrinal ; elles sont liées aux politiques étatiques, à la structure de l’ONU et au concept de maintien de la paix » (Tardy, 2006, p. 43). L’ONU « est une organisation intergouvernementale dont les actions sont principalement déterminées par les politiques des États membres » (Tardy, 2006, p. 43). Donc, les États ont un grand rôle à jouer dans les décisions de l’ONU et du conseil de sécurité. Toutefois, l’ONU est considérée comme « entité indépendante » (Tardy, 2006, p. 45) et porte ainsi la responsabilité des décisions et politiques étatiques. De cette façon, l’Organisation des Nations Unies ne jouerait pas un rôle d’acteur en ce qui à trait à la gestion des conflits yougoslaves. Elle serait « le reflet des ambiguïtés des politiques étatiques » (Tardy, 2006, p. 44). Par exemple, les États membres de l’ONU et de la mission de maintien de la paix ont mis l’accent sur la protection de leurs troupes plutôt que de prioriser le mandat de l’opération. Cela représente les décisions politiques des États en position de pouvoir de l’ONU.

 

Dans cette deuxième section de l’analyse, il sera question de l’aspect juridique qui a complexifié les décisions de l’ONU et l’application des articles de loi lors du conflit.

 

La complexité du droit en matière d’intervention

 

Selon le mémoire de Sabalbal (2013) et l’article 1 de la Charte des Nations Unies, « le maintien de la paix et de la sécurité internationale est l’un des buts principaux de l’ONU ». L’article 33 de la Charte propose les moyens pour régler des problèmes ou différends de manière pacifique (Sabalbal, 2013, p. 39-40) :

 

Article 33

« The parties to any dispute, the continuance of which is likely to endanger the maintenance of international peace and security, shall, first of all, seek a solution by negotiation, enquiry, mediation, conciliation, arbitration, judicial settlement, resort to regional agencies or arrangements, or other peaceful means of their own choice » (Charter of the United Nations, 1945).

 

Cependant, même s’il est mentionné dans la Charte que les actes doivent être exécutés de la bonne manière, par les bonnes personnes et selon Sabalbal, le manque de bonne foi et l’obstination des parties sont des causes d’échecs des négociations (2013, p. 59-60). De plus, Sabalbal souligne d’autres fonctions qui semblent être compliquées. Par exemple, le Secrétaire général ne peut pas créer des opérations de maintien de la paix, mais il joue un rôle central dans la gestion en rapport avec des opérations. Il est au sommet du commandement, tout en étant sous l’autorité du Conseil de sécurité (2013, p. 65). Le tout devient encore plus complexe lorsqu’une opération de maintien de la paix change en opération coercitive, comme en Bosnie-Herzégovine (2013, p. 89).

L’article 99 de la Charte de l’ONU propose que le Secrétaire général ait les compétences en ce qui concerne le maintien de la paix et la sécurité internationale (Sabalbal, 2013, p. 29) :

 

Article 99

« The Secretary-General may bring to the attention of the Security Council any matter which in his opinion may threaten the maintenance of international peace and security » (Universal Charter of the United Nations, 1945).

 

Cet article donne le pouvoir au Secrétaire général de mobiliser l’attention internationale avec le Conseil de sécurité en ce qui concerne les menaces à la paix et à la sécurité internationale. Par la suite, le Conseil peut décider, si nécessaire, de prendre des mesures coercitives pour le maintien de cette dite paix et sécurité par contre, Sabalbal indique qu’il y a une particularité dans l’article 99, plus précisément dans les termes utilisés, soit « maintenir » et « rétablir » (Sabalbal, 2013, p. 33,37).

Ce n’est pas un hasard si l’opération de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine fut changée en opération coercitive. Le rôle des Casques bleus est de maintenir la paix, cependant, dans ce cas, cette paix était inexistante, ce qui cause plusieurs problèmes d’interventions pour ceux-ci. C’est ainsi qu’entre en compte la distinction entre le terme « maintenir » et « rétablir ». Le terme « maintenir » fait référence au chapitre VI de la Charte :

 

Article 34

« The Security Council may investigate any dispute, or any situation which might lead to international friction or give rise to a dispute, in order to determine whether the continuance of the dispute or situation is likely to endanger the maintenance of international peace and security» (Charter of the United Nations, 1945).

 

Alors que le terme « rétablir » fait référence au chapitre VII et l’action coercitive :

 

Article 42

« Should the Security Council consider that measures provided for in Article 41 would be inadequate or have proved to be inadequate, it may take such action by air, sea, or land forces as may be necessary to maintain or restore international peace and security. Such action may include demonstrations, blockade, and other operations by air, sea, or land forces of Members of the United Nations » (Charter of the United Nations, 1945).

 

Cette distinction ajoute à la complexité du rôle des Casques bleus. Lorsqu’ils sont en opération de rétablissement de la paix, soit une opération coercitive, les Casques bleus n’ont plus de mission définie. Quelques responsables des Casques bleus ont également protesté contre le fait « qu’on les envoyait sur le terrain dans des circonstances politiquement indéfinies, pour une mission militaire militairement indéfinie, avec des délais d’exécution indéfinis » (Bettati, Touraine, Mouchet et Joxe, 1995, p. 18). Leur rôle, en considérant la Charte de l’ONU, devient de plus en plus vague, tout comme l’opération de l’ONU en général et même le rôle du Secrétaire général, car quand il est question du maintien de la paix et de sécurité internationale, le rôle de celui-ci est clairement déterminé. Cependant, l’article 99 ne mentionne pas son rôle dans le rétablissement de la paix et sécurité internationale. Son autorité est donc limitée dans ce domaine et est laissée au Conseil de sécurité. De plus, l’article 99 ne mentionne pas comment le Secrétaire général doit définir si un élément menace la paix ou la sécurité internationale ni comment il doit obtenir ces informations pertinentes pour faire ces jugements (Sabalbal, 2013, p. 37).

De plus, deux articles, soit l’article 13 et l’article 5 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, n’ont pas été respectés. Cela retire une certaine légitimité à l’ONU qui est présente, entre autres pour assurer le respect des droits de l’homme et d’assurer la sécurité.

 

Article 13                               

« 2. Everyone has the right to leave any country, including his own, and to return to his country » (The Universal Declaration of Human Rights, 1948).

 

            Cet article n’est aucunement respecté à Sarajevo, car la ville a vécu un siège ne permettant à aucun citoyen de quitter la ville. Cette situation a rendu la tâche encore plus complexe pour les Casques bleus, car ils avaient peu de pouvoir pour faire respecter l’article 13. D’ailleurs, il est important de mentionner que les Casques bleus devaient constamment faire des compromis avec les forces serbes. En permettant aux résidents de Sarajevo de quitter la ville, les Serbes n’auraient alors pas réussi leur objectif d’assiéger la ville. Leur but étant de contrôler Sarajevo, ils voulaient le plein contrôle des résidents.

L’article 5, lui, fait plutôt référence aux crimes de guerre :

 

Article 5

« No one shall be subjected to torture or to cruel, inhuman or degrading treatment or punishment » (The Universal Declaration of Human Rights, 1948).

 

            Lors de la guerre de Bosnie, des camps de détention ont été mis en place par des Bosniaques, des Serbes et des Croates. Par exemple, dans les 4 camps de Vogosca dirigés par les Serbes (Agence France-Presse, 2014, parag. 2), les femmes étaient violées avant d’être tuées (Stiglmayer, 1994, p. 5). Ces camps impliquaient de la torture, un traitement inhumain et inévitablement la punition. En plus des camps de détention, les Serbes ont fait un nettoyage ethnique des musulmans de la Bosnie. Le génocide de Srebrenica, où 8000 musulmans ont été tués, est un des actes de nettoyage ethnique des forces serbes. Évidemment, un nombre important d’atrocités a eu lieu, mais il n’en fallait qu’une pour venir à l’encontre de l’article 5 et ainsi à l’encontre des droits de l’homme. Les Casques bleus, non armés, ayant comme mission le maintien de la paix, n’étaient pas outillés pour intervenir dans ce genre de situation. Ainsi, leur rôle et leur mission se détérioraient sous leurs yeux, tout comme l’intégrité et la légitimité de l’ONU aux yeux de la population locale et de la communauté internationale.

 

Conclusion : L’ONU en Bosnie-Herzégovine : rôle efficace ?

 

Finalement, cette recherche visait à déterminer si l’ONU avait agi de manière efficace lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995). Le situation en Bosnie était d’une telle complexité que même les experts en droit international et en matière de guerre et de conflits et les chercheurs sur le sujet ne s’entendent pas tous sur la question de l’efficacité. Certains rapports affirment que l’ONU a connu un échec en Bosnie causé par le principe de l’implication de plusieurs États membres au sein de l’ONU (Tardy, 2006). Alors que d’autres affirment que l’ONU en tant que personnes morales a échoué en Bosnie, car elle a agi de manière neutre plutôt qu’impartiale (Masten, 2004). Ensuite, la complexité du droit en situation de mission de maintien de la paix, alors qu’il n’y avait pas de paix à maintenir, est un autre aspect qui résulte en l’échec de l’ONU (Sabalbal, 2013). Puis, le premier principe d’une mission du maintien de la paix, le consentement des parties, est un élément qui a grandement influencé le rôle des Casques bleus, car ils devaient s’assurer de respecter toutes les personnes impliquées dans le conflit et ainsi ne pouvaient pas défendre les principales victimes : les Bosniaques (Principles of peacekeeping | United Nations Peacekeeping, s. d.). Donc, même si des études et des rapports ont démontré des lacunes et erreurs de la part de l’ONU, en considérant la complexité de la mission et du mandat à appliquer, il n’est pas possible de déterminer si l’organisation a agi de manière efficace ou non lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine.

Il serait pertinent d’analyser, lors d’une prochaine recherche, si l’ONU a su tirer des conclusions de cette expérience en Bosnie afin d’améliorer ses interventions et ses mandats dans les conflits suivant les années 90.

 

Médiagraphie

 

Articles de périodique scientifique

Bettati, M., Touraine, A., Mouchet, J., & Joxe, A. (1995). Les droits de l’homme à l’épreuve de la crise bosniaque. Cultures & Conflits, (19–20). Repéré à https://doi.org/10.4000/conflits.2180

Tardy, T. (2006). L’ONU et la gestion des conflits yougoslaves (1991-1995) : faillite d’une institution, faillite des États ? Relations internationales, n° 128(4), 37‑53.

 

Mémoire et Thèse

Masten, R. G. (2004). The Path to Srebrenica: United Nation’s Peacekeeping Missions of the 1990s: Failures of the Maxim of Neutrality, International Political Will, Legitimacy, and Unity of Effort. (Thèse de doctorat, University of Kansas, Lawrence, Kansas) Repéré à https://apps.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/a428884.pdf

Sabalbal, H. (2013). L’évolution des fonctions du Secrétaire général de l’ONU (Maîtrise en droit, Université Laval, Québec, Canada). Repéré à  https://corpus.ulaval.ca/jspui/handle/20.500.11794/24518

 

Article de journal

Agence France-Presse. (4 juillet 2014). La prison pour un ex-chef des camps de détention serbes. La Presse. Repéré à https://www.lapresse.ca/international/europe/201407/04/01-4781110-la-prison-pour-un-ex-chef-des-camps-de-detention-serbes.php

 

Livre électronique

Stiglmayer, A. (1994). Mass Rape: The War Against Women in Bosnia-Herzegovina. Repéré à https://books.google.ca/books?id=5tJflDgysEIC

 

Site internet

Armée de la république serbe de Bosnie. (2018). In Wikipédia. Repéré à https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Arm%C3%A9e_de_la_r%C3%A9publique_serbe_de_Bosnie&oldid=150642619

Chapitre VII. (2015). Repéré à https://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-vii/index.html

Charter of the United Nations. (1945). Repéré à http://www.un.org/en/charter-united-nations/

Conseil de sécurité des Nations Unies |. (s. d.). Repéré à https://www.un.org/securitycouncil/fr

FORPRONU. (s. d.). Repéré à https://www.un.org/fr/peacekeeping/missions/past/f_unprof.htm

Jean Pictet (1914-2002). (s. d.). Fondation des Archives de la Famille Pictet. Repéré à https://www.archivesfamillepictet.ch/biographies/branche-cadette/jean-pictet-1914-2002/

Jeangène Vilmer, J.-B. (avril 2011). Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – Comment distinguer neutralité et impartialité ? Le cas du CICR. Repéré à http://www.jbjv.com/Comment-distinguer-neutralite-et.html

Militaires. (s. d.). Repéré à https://peacekeeping.un.org/fr/military

Nations Unies. (s. d.). La fin de la guerre froide : Opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Repéré à https://www.un.org/fr/peacekeeping/operations/surge.shtml

Nos Casques bleus. (s. d.). Repéré à https://peacekeeping.un.org/fr/our-peacekeepers

Principles of peacekeeping | United Nations Peacekeeping. (s. d.). Repéré à https://peacekeeping.un.org/en/principles-of-peacekeeping

The Universal Declaration of Human Rights. (1948). Repéré à https://www.un.org/en/universal-declaration-human-rights/index.html

United Nations Protection Force. (2019). In Wikipédia. Repéré à https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=United_Nations_Protection_Force&oldid=877410524