Par Anne-Sophie Auclair et Marylou Doucet

ÉTAT DE STRESS POST-TRAUMATIQUE CHEZ LES SOLDATS CANADIENS

On entend de plus en plus parler des troubles de santé mentale, mais on en oublie souvent un  d’une grande importance, l’état de stress post-traumatique (ÉSPT). Ce travail de recherche se concentre sur l’ÉSPT d’un groupe de soldats, mais surtout de vétérans en particulier, soit les casques bleus canadiens qui ont participé à la guerre en Bosnie-Herzégovine, qui a débuté en 1992. On s’intéresse plus précisément aux conséquences et aux répercussions qu’a eues la guerre dans la vie de ceux-ci. On s’intéresse aussi à leur dur retour à la réalité et aux dures étapes qu’ils ont dû franchir pour retrouver une vie « normale ». En effet, la santé mentale et physique de ces soldats sera beaucoup abordée dans ce travail à travers l’analyse de leurs états de stress post-traumatique.

Ce choix de sujet nous semble très intéressant puisqu’il touche à la fois des sujets de psychologie et d’histoire. Les quatre années de guerre qui ont eu lieu en Bosnie ont beaucoup changé la perception des gens de ce pays et en ont beaucoup traumatisés aussi. Bien des gens en sont sortis avec des séquelles majeures tout comme les casques bleus canadiens dont nous allons parler. Ces êtres si courageux qui sont allés risquer leur vie afin d’aider un peuple à se sortir de la misère, plus précisément, sécuriser les gens et les aider à ce que la guerre cesse le plus vite possible. Leur mission en tant que telle était une mission de paix. C’est, à la base, ce qui nous a attirés à propos de ce sujet. Découvrir à quel point la guerre a eu de gros impacts sur la santé de ces individus. Découvrir à quel point les gens sont prêts à faire une différence et à aider les autres. Comprendre, en général, les conséquences néfastes que peut avoir une guerre sur une personne. Nous avons donc choisi de parler de ce sujet pour la simple et bonne raison que la psychologie nous passionne et nous trouvions intéressant de faire une recherche sur les individus de notre pays qui ont participé à cette guerre.

Nous nous demandons alors quels sont les impacts psychologiques auxquels ont fait face les casques bleus canadiens suite à leur mission de paix lors de la guerre de Bosnie?

Le but de cette recherche est donc de comprendre l’état des soldats canadiens déployés lors de cette guerre. Nous nous pencherons donc majoritairement sur leurs situations physique et mentale suite à celle-ci en nous référant à quelques sources psychologiques et historiques.

Les deux disciplines de sciences humaines qui seront abordées lors de cette recherche sont l’histoire, qui est donc l’étude des événements passés, ainsi que la psychologie, qui est l’étude scientifique du comportement et des processus mentaux (D’abord, pour ce qui est de l’histoire, il est important de comprendre l’histoire de la Bosnie Herzégovine, les différences entre Serbes, Croates et Bosniaques, ainsi que leur répartition à travers la Bosnie. Il est également nécessaire d’élaborer les raisons pour lesquelles ces peuples ne s’entendent pas afin de comprendre le siège de Sarajevo, ainsi que la guerre en Bosnie. Finalement il est important de savoir ce qu’est l’ONU (Organisation des Nations unies), ainsi que son rôle lors de cette guerre. Ce sont alors tous des aspects historiques qui seront abordés. Le concept de la psychologie est celui qui est le plus présent à travers cette recherche, puisque celle-ci porte sur les impacts psychologiques de la guerre de Bosnie sur les casques bleus canadiens qui y étaient dans le cadre d’une mission de paix. L’impact le plus fréquent pour cette situation est l’état de stress post-traumatique (ESPT). Ce sera alors le thème le plus traité et le plus développé de la recherche.

Le thème de la guerre est un thème de grande importance tout au long du travail de recherche, puisque la question de recherche porte sur les conséquences de cette dite guerre sur les casques bleus canadiens. Un autre thème plutôt important est celui de la santé mentale, surtout au niveau des impacts survenants suite à l’exposition à un événement traumatique, ici la guerre de Bosnie. Le thème le plus pertinent dans ce cas est celui de l’état de stress post-traumatique (ESPT) auquel les soldats et vétérans font face.

Cette recherche se concentre alors sur les événements que les casques bleus canadiens ont vécus lors de leur déploiement en Bosnie, ainsi que tous les éléments ou les impacts psychologiques auxquels ils ont fait face, suite à leur retour au Canada, et ce, de 1992 à aujourd’hui.

STRESS POST-TRAUMATIQUE

Tout d’abord, un impact psychologique peut apparaître sous plusieurs formes. Dans cette situation, ils sont majoritairement nombreux et négatifs. Pour cette situation en particulier, on parle surtout d’états de stress post-traumatique (ESPT). L’état de stress post-traumatique est un état spécifique qui se caractérise par plusieurs symptômes liés à un événement traumatique du passé comme une mort, des blessures graves ou un évènement violent quelconque. En gros, c’est un événement traumatique qui laisse certaines séquelles chez une personne, les émotions ressenties peuvent être vécues différemment d’une personne à l’autre. Quelqu’un qui est atteint du trouble de stress post-traumatique doit vivre avec un niveau d’anxiété très élevé constamment et bien souvent, ce stress est causé par la peur de revivre une situation violente ou blessante qui est arrivée dans le passé. Dans la situation présente, c’est donc l’exposition à des traumas, tels que la guerre et ses conditions stressantes et éprouvantes, qui mène à ce genre de trouble. Il arrive qu’un impact psychologique se développe dans les mois ou même les années suivant l’événement. C’est souvent le cas d’un état de stress post-traumatique. Il arrive donc fréquemment que le soldat ne démontre pas de symptômes immédiatement à la suite des événements. Ce sont alors des souvenirs douloureux ou des événements particuliers pouvant rappeler les souvenirs traumatiques enfouis, qui mènent à l’apparition de symptômes d’ESPT, telle qu’une dépression majeure, des idées suicidaires, une perte de sommeil, etc. Bref, un impact psychologique est un changement de l’état mental entraîné par un événement quelconque traumatisant. La personne en question peut avoir des flash-backs couramment simplement en entendant un bruit ou en voyant quelque chose lui rappelant un moment de l’événement particulier. Pour le cas de la guerre, il arrive qu’un ancien combattant atteint du trouble devient très anxieux simplement en entendant un bébé pleurer ou bien un enfant crier puisque cela lui rappelle les cris d’horreurs auquel il avait dû faire face et les scènes tragiques auxquels il a dû assister.

CONFLIT ARMÉ

Ensuite, un casque bleu est un soldat provenant d’un des 193 États qui composent aujourd’hui l’ONU (l’Organisation des Nations unies). L’ONU est une organisation internationale ayant été fondée en 1945, qui a pour but premier le maintien de la paix, ainsi que la sécurité internationale (Nations Unies, s.d.). Un casque bleu est alors un soldat qui met en œuvre les ordres de l’ONU lors d’une mission de maintien de la paix. Ces missions permettraient alors d’établir des conditions favorables au retour de la paix dans les pays en conflits. Le titre de « casques bleus » leur est simplement attribué grâce à la couleur de leur casque, qui est évidemment bleue, pour aider les peuples à les distinguer des autres soldats. On les reconnaît surtout pour une tâche en particulier, celle de s’interposer entre deux pays ou deux groupes, en conflits afin de protéger les civils et faire respecter le ceasefire (cessez-le-feu) (Nations Unies, s.d.). Ce n’est par contre pas la seule tâche à laquelle ils participent. Ils exécutent plusieurs autres tâches difficiles et dangereuses dans le but d’aider ces populations en conflits. Il est très important de savoir que les casques bleus, ainsi que l’ONU sont impartiaux. Ils sont donc censés être neutres ce qui veut dire qu’ils ne doivent prendre pour aucun parti et si c’est le cas, ils ne doivent démontrer aucune préférence.

TENSIONS EN YOUGOSLAVIE

En résumé, le conflit principal a commencé en 1992 lorsque la Bosnie ainsi que les Serbes de Bosnie ont déclaré leur indépendance par une proclamation d’indépendance. En effet, les Serbes proclament la République Serbe de Bosnie, mais souhaitent tout de même rester dans la Yougoslavie. Par la suite, il y a eu un référendum pour l’indépendance de Bosnie qui a été boycottée par les Serbes. Bref, dans ces deux cas, les deux partis ont proclamés leur indépendance chacun de leur côté. Lorsque Tito, le président de la Yougoslavie, est décédé en 1980, d’énormes tensions intercommunautaires se sont installées. Ces tensions sont cependant restées neutres pendant 11 ans, c’est-à-dire qu’aucun conflit armé n’a été engagé, et c’est en 1991 que ceux-ci ont éclaté. L’élection pour un nouveau président s’est avérée positive pour les nationalistes, ceux qui dirigent la Bosnie, et dont le président s’est prononcé pour l’indépendance (Le Pautremat, 2009, p. 69). Les tensions ont commencé à monter et l’armée yougoslave a commencé à se mobiliser. Les organisations politiques et militaires de Serbes de Bosnie, étant les opposés dans cette histoire, refusaient la déclaration d’indépendance de la Bosnie puisqu’ils voulaient s’en emparer pour agrandir leur territoire. Ils ont aussi rejeté un plan de paix avec la Communauté économique européenne. En effet, durant plusieurs années, les Bosniaques et les Serbes avaient des tensions entre eux pour le partage de la Bosnie-Herzégovine. En 1992, la Bosnie a finalement obtenu son indépendance et a été admise à l’ONU. Ceci étant une bonne nouvelle pour la Bosnie, en était une moins bonne pour les Bosniaques ainsi que pour les Serbes. Effectivement, puisque la Bosnie est maintenant indépendante, les Serbes et les Bosniaques ne peuvent plus espérer se la partager ou la posséder dans l’espoir d’agrandir leur territoire. De plus, la Yougoslavie avait plusieurs difficultés avec la réforme de ses institutions politique et sa situation économique ce qui rendait la situation encore plus compliquée. Le conflit a fini par exploser en 1992 et les forces serbes se sont montrées beaucoup plus puissantes en terme de forces militaires. Ceux-ci ont en effet eu un énorme avantage dans cette guerre puisqu’ils possédaient le contrôle de plusieurs dépôts d’armes de l’ancienne armée fédérale, l’armée yougoslave (Le Pautremat, 2009, p. 70). Les forces bosniaques et croates ont cependant été énormément désavantagées avec leurs quelques milliers d’hommes et leur peu d’armement lourd. Plus tard, les Serbes ont accusé les Croates d’être génocidaires en faisant référence à la Seconde Guerre mondiale et souhaitaient aussi supprimer le catholicisme et l’islam. De nombreux lieux religieux ont donc été détruits pendant cette guerre (Le Pautremat, 2009, p. 71).

Cette guerre a été le commencement des « guerres modernes ». En effet, elle a fait beaucoup parler d’elle en raison du nombre élevé d’acteurs internationaux comme des journalistes et plusieurs organisations. De plus, cette guerre attaquait plus les civils que les militaires comparativement aux anciennes guerres et les forces militaires étaient moins présentes qu’auparavant. Cette guerre n’était pas comme les autres guerres où des armées s’affrontent entre elles. Au lieu d’être des armées qui s’affrontent, c’était plutôt une globalisation et une force accrue d’acteurs internationaux. Cette guerre marque le début des guerres modernes où la technologie et les multiples organisations mondiales prennent maintenant une grosse partie. Fini les affrontements traditionnels entre deux clans (Delpla, 2008, p. 153).

La ville de Sarajevo est, à la base, une ville extrêmement importante dans l’histoire. C’est dans cette ville que l’archiduc François-Ferdinand a été assassiné et donc, dans cette ville que la Première Guerre mondiale a débuté. De plus, c’est dans cette ville qu’ont eu lieu les Jeux olympiques d’hiver de 1984 et finalement, c’est cette ville qui a été assiégée pendant la guerre de Bosnie en 1992. Le siège de Sarajevo est connu comme étant le siège le plus long de l’histoire militaire qui a duré environ trois ans. Le problème ayant eu lieu en Bosnie-Herzégovine est très important dans l’histoire en général. Il est important d’en parler et d’en faire des recherches afin de bien connaître les répercussions que cette guerre a eues par la suite autant sur les soldats que sur les civils. Ceux-ci ont subi énormément de conséquences mentales et physiques qui resteront à vie et il est important de sensibiliser les gens à ce problème pour ne pas qu’un conflit semblable ne se reproduise. Durant cette guerre, des milliers de casques bleus canadiens ont été témoins des massacres entre les Bosniaques, Serbes et Croates qui s’entretuaient tandis qu’ils étaient venus spécifiquement pour empêcher cela et aider le pays. Un grand nombre de dommages dans le pays ont aussi eu lieu durant la guerre. Les habitants étaient privés d’électricité, d’eau, de médicaments et de chauffage. De plus, 12 000 personnes sont décédées et 50 000 ont été blessés. Presque tous les immeubles de la ville ont été touchés durant le conflit ce qui a entamé un énorme projet de reconstruction de la ville en 1995. Il y avait aussi des mines un peu partout ce qui rendait la ville très dangereuse pour tous. Il y a encore des mines aujourd’hui dans ces pays, mais beaucoup moins qu’avant. Aujourd’hui, la majorité des mines se retrouvent principalement dans les champs et dans les forêts, mais pas dans les zones publiques et touristiques. Avec toute la persévérance et les efforts mis pour la reconstruction de cette ville, Sarajevo est aujourd’hui devenu la ville avec un des développements les plus rapides au monde. La ville recommence aussi à se peupler et on estime que sa population redeviendra comme en avant-guerre en 2020 (Wikipédia, 2019).

 STATISTIQUES

À partir de 1991, « des dizaines de milliers de membres des forces armées canadiennes se sont efforcés au fil des ans de contribuer à sécuriser la région et à y entretenir la paix » (Anciens combattants Canada, 2018). Un soldat déployé une seule fois possède 10,92% de chance de développer un état de stress post-traumatique et ce taux s’élève à 14,84% chez les soldats déployés à plusieurs reprises (Richardson, 2007, p. 515). L’état de stress post-traumatique est accompagné de trouble de dépression majeure chez 50 % des soldats atteints, ce qui est énorme. Ce nombre est beaucoup plus élevé chez les vétérans, puisque le dépistage de ce trouble se fait souvent tard. Un soldat de la paix, ou un casque bleu, est plus susceptible de développer un état de stress post-traumatique, puisque ceux-ci ne peuvent souvent pas agir, ce qui développe souvent un sentiment d’impuissance face à une situation traumatique (Richardson, 2007, p. 511). Ils aimeraient parfois aller aider ou bien agir pour collaborer, mais ne peuvent pas en raison de leurs commandements et cela les tracasse énormément. Les casques bleus présentent des états de stress post-traumatique                       « significativement plus élevé sur l’échelle de sévérité » (Sinotte, 2015, p. 22). Toutes les images terrifiantes qu’ils voient chaque jour de leur mission, tout ce qu’ils aimeraient faire pour aider, mais qu’ils ne peuvent pas faire, toutes leurs tâches stressantes et épuisantes qu’ils doivent exécuter constamment sont des facteurs de ce trouble. De plus, la plupart des militaires conservent des habitudes qu’ils ont développées lors de la guerre comme de ne pas marcher sur les bouches d’égout qui pouvaient avoir des pièges, « freiner à la dernière minute » et « tourner sec » (Lessard, 2018, s.d). Durant la guerre, afin d’aider le travail des infirmières et des médecins, un code de couleur avait été établi dans les hôpitaux pour enfants. Si un enfant portait un ruban blanc sur lui, cela signifiait qu’il était hors de danger tandis que si l’enfant portait un ruban noir, cela signifiait que l’enfant devait être soigné ou bien qu’il était déjà mort (Lessard, 2018, s.d). Le génocide de Srebrenica a fait en tout 8372 morts dont 6500 ont pu être identifiés par des tests d’ADN (Lessard, 2018, s.d). Ce génocide a été le pire massacre en Europe suite à la Deuxième Guerre mondiale (Lessard, 2018, s.d).

Un état de stress post-traumatique peut entraîner plusieurs types de symptômes qui sont classés en trois principales catégories, soit l’intrusion, l’évitement, ainsi que l’hypervigilance. Les symptômes d’intrusion sont souvent déclenchés par les images, les souvenirs, les bruits, les odeurs et les sensations associés à l’événement. Ces déclencheurs peuvent entraîner des souvenirs douloureux, des cauchemars, des « flash-back », un sentiment de détresse et certains symptômes physiques. Les symptômes d’évitements apparaissent souvent suite à des souvenirs douloureux ce qui fait que l’individu commencera donc à éviter toute situation pouvant déclencher un de ces souvenirs. Souvent, cela entraîne des trous de mémoire concernant le trauma, des pertes d’intérêt pour les activités du quotidien, une incapacité à éprouver des émotions, etc. Pour ce qui est de l’hypervigilance, il s’agit souvent d’un sentiment de ne plus être à l’abri du danger, ce sentiment apparaît surtout suite à une « confrontation avec son état de mortel ». La colère est souvent un des symptômes principal dans cette catégorie de stress post-traumatique. La perte du sommeil, ainsi que de la concentration, la fébrilité, puis la tendance à constamment être à l’affût sont également tous des symptômes liés à l’hypervigilance chez un individu post-traumatique (Veterans Affairs Canada, s.d.). Tous ces symptômes peuvent cependant mener au suicide chez certains militaires. Bien souvent, la santé mentale des militaires suite à la guerre prend le dessus sur tout et amène ceux-ci à mettre fin à leurs jours, parfois seulement quelques mois après être revenus (Gagné, 2014, p. 32). De plus, il y a aussi des « symptômes de dépression mineure » et majeure qui sont assez fréquents à l’après-guerre (Gagné, 2014, p. 32). Deux psychologues ont observé plusieurs symptômes, dont quelques-uns, en particulier. Effectivement, les symptômes seraient un mélange d’anxiété, de crises de panique, d’irritabilité, et plusieurs autres symptômes déjà mentionnés comme le manque de sommeil et le manque de motivation (Birenbaum, 1994, p. 1485). Le syndrome de stress post-traumatique a affecté 450 000 personnes, « selon les autorités bosniaques ». Suite à de nombreuses recherches, des psychologues ont remarqué que ce syndrome était transmis de génération en génération. Ce syndrome a cependant causé d’autres symptômes comme la dépression, la bipolarité, etc, ce qui fait en sorte que les maladies mentales ne cessent d’évoluer (Hazan, 2016, s.d).

Un antécédent de trouble dépressif chez un soldat peut être un facteur de risque au développement d’un état de stress post-traumatique. Plusieurs autres facteurs peuvent influencer le développement d’impacts psychologiques négatifs comme un antécédent de maladie mentale chez les membres de la famille ou avoir précédemment vécu un événement traumatique, par exemple avoir subis de l’abus en tant qu’enfant, une agression sexuelle, etc. Le niveau de stress post-traumatique dépend de la sévérité de l’événement traumatique. Le trauma est souvent plus sévère lorsque celui-ci découle d’un événement de guerre. Une femme est deux fois plus susceptible de développer un état de stress post-traumatique qu’un homme, surtout en contexte de guerre (Richardson, 2007, p. 511). Un manque de soutien moral est un facteur de risque très important pour le développement d’un état de stress post-traumatique (Richardson, 2007, p. 515). La période de transition vers la vie civile peut aussi être un « facteur de risque de développer un trouble de santé mentale » puisque les soldats se retrouvent avec beaucoup moins de « soutien social et organisationnel » qu’ils avaient là-bas, à la guerre (Rapport du Comité permanent des anciens combattants, 2017, p. 13). La transition à leur vie professionnelle aussi peut causer des dommages puisqu’ils reçoivent énormément d’informations en même temps afin de se trouver une seconde carrière. C’est un énorme stress dans la vie des militaires qu’ils ne sont pas nécessairement prêts à vivre directement après leur retour de guerre (Rapport du Comité permanent des anciens combattants, 2017, p. 18).

Il existe quelques traitements possibles pour les soldats et vétérans atteints d’un état de stress post-traumatique. Par exemple, la thérapie cognitivo comportementale, qui inclut plusieurs techniques, comme la psychoéducation, la restructuration cognitive, etc. (Sinotte, 2015, p. 13). « L’exposition et l’exposition prolongée » au trauma sont également des traitements importants. L’exposition est une technique souvent utilisée en psychothérapie comportementale. Elle vise la désensibilisation du patient en l’exposant de façon contrôlée à l’environnement problématique. L’exposition prolongée (EP), utilise les techniques principales de l’exposition. Par contre, ce traitement à une durée spécifique de 9 à 12 séances, d’exactement 90 minutes. On tente alors, de redéfinir les perceptions négatives du patient face à son ESPT, en utilisant les deux types d’expositions possibles, soit « l’exposition in vivo aux situations évitées ou l’exposition en imagination répétée au souvenir du traumatisme raconté ». Lors de l’exposition in vivo, le patient doit se replacer au centre de son traumatisme, afin de se désensibiliser. Dans l’exposition en imagination répétée, le patient doit raconter son traumatisme de façon répétée, afin de réduire la détresse, les mauvais souvenirs, ainsi que les croyances négatives et irrationnelles qu’il attache à cet événement. Le patient doit également écouter les enregistrements de ses sessions, ainsi que faire de l’exposition in vivo entre chacune d’entre elles. Selon cette thérapie, plus il sera exposé à son traumatisme, plus il y sera désensibilisé rapidement (Sinotte, 2015, p. 11-12). Plusieurs études suivant cette théorie ont été effectuées sur d’anciens combattants, selon celles-ci, les symptômes post-traumatiques sont réduits drastiquement, soit d’environ 50% après avoir complété la thérapie (Sinotte, 2015, p. 18).

La « thérapie cognitive du traitement de l’information », ainsi que l’« intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR) » sont deux thérapies qui sont également populaires auprès des anciens combattants souffrant d’un ESPT. La thérapie cognitive du traitement de l’information vise à remettre en question les pensées négatives automatiques face à l’événement traumatique, afin d’éventuellement avoir une perception plus réaliste de la situation. Selon certaines études, cette thérapie est beaucoup plus efficace sur certaines émotions, qui ne sont pas touchées par les thérapies d’expositions, comme la culpabilité, la responsabilité, la honte, la colère, etc. À l’aide de cette thérapie et d’un psychologue, le patient peut revoir sa perception de l’événement et réévaluer son expérience, afin d’en avoir une impression plus réaliste et moins démesurée (Sinotte, 2015, p. 12-13). Les études démontrent une réduction significative des symptômes de l’état de stress post-traumatique et même la disparition de ceux-ci dans certains cas (Sinotte, 2015, p. 20). Pour ce qui est de l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires, il s’agit de traiter les souvenirs négatifs emmagasinés en stimulant le système de traitement de l’information. Ce traitement vise à une toute nouvelle compréhension du traumatisme vécu, ce qui mène à une perception moins négative de celui-ci, ainsi qu’à un certain détachement. Cette approche est constituée de 8 phases, qui s’inspirent de plusieurs autres types de thérapie et qui travaillent sur le passé traumatique, ainsi que le présent (Sinotte, 2015, p. 14). Selon certaines études, on peut observer une diminution drastique des symptômes d’ESPT chez les participants, le taux d’efficacité de cette thérapie serait alors, d’environ 60% (Sinotte, 2015, p.21). Il existe également quelques autres types de thérapies efficaces chez les vétérans atteints d’un ESPT, mais les thérapies par exposition, la thérapie cognitive du traitement de l’information, ainsi que l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires, ont étés prouvé efficaces.

Il existe aussi des services offerts directement sur les bases canadiennes. Les infirmières qui sont sur place offrent certains services psychosociaux puisqu’il arrive qu’un militaire commence à montrer certains signes de troubles de santé mentale avant même d’être revenu de la guerre. Les militaires ont donc la possibilité d’avoir des consultations de « counseling individuel, conjugal ou familial ». Les infirmières offrent aussi des programmes d’aide aux militaires et du soutien. Deux autres programmes sont aussi offerts, soit un programme d’aide en santé mentale et un autre de toxicomanie. Elles s’assurent aussi d’abord et avant tout de leur fournir une bonne écoute et de l’empathie puisque ce n’est que très rare que quelqu’un aille consulter par lui-même, surtout chez les militaires puisqu’ils sont entrainés à être « des guerriers invincibles ». (Gagné, 2014, p. 33). Finalement, des services sont aussi offerts aux proches des militaires puisque les comportements de ceux-ci peuvent avoir de gros impacts sur les proches (Gagné, 2014, p.34). Dans plusieurs guerres, il y avait même des infirmières psychiatriques qui étaient sur place pour traiter ceux dans le besoin (Birenbaum, 1994, p. 1485).

Il existe plusieurs solutions afin de réduire du mieux possible les cas de maladies et de mauvaise santé mentale. En effet, une « augmentation des ressources financières pour la santé mentale et les avancées cliniques et technologiques » sont des solutions très importantes pour prévenir. De plus, il y a une stratégie nationale qui a été mise en place suite à la guerre en Afghanistan qui visait sept objectifs; « optimiser les résultats de santé, investir dans l’effectif, multiplier les partenariats internes et externes, optimiser l’utilisation des technologies, améliorer l’efficacité du système de santé mentale, accroître l’éducation et la formation en santé mentale et améliorer les communications internes et externes » (Gagné, 2014, p. 32).

EN BREF

En conclusion, les casques bleus canadiens ayant participé à la guerre de Bosnie ne s’en sont pas nécessairement tous bien sortis comme nous avons pu le constater. Une grande partie de ceux-ci souffrent souvent, à la suite d’une mission, de trouble de stress post-traumatique et plusieurs autres mettent fin à leur vie. Certains s’en sortent cependant mieux que d’autres, mais garderont toujours des séquelles, que se soit physique ou psychologique, de cet évènement tragique de leur vie.

Dans des recherches futures portant sur ce même sujet, il serait toutefois très intéressant de comprendre non pas les conséquences sur les soldats, mais bien sûr les citoyens. Il serait intéressant de savoir comment ceux-ci ont vécu cette guerre, comment ils l’ont perçu et les conséquences que la guerre a eu sur eux psychologiquement et physiquement si c’est le cas.

 

MÉDIAGRAPHIE

Article de périodique

Gagné, L. (2014). Détresse des militaires. OIIQ, vol 11(5), p.32-34. Repéré à https://www.oiiq.org/sites/default/files/uploads/periodiques/Perspective/vol11no5/11-sante-mentale.pdf

Richardson, JD. (2007). Posttraumatic Stress Disorder and Associated Risk Factors in

Canadian Peacekeeping Veterans with Health-Related Disabilities. The Canadian Journal of Psychiatry, volume (52), p. 511-516. Repéré à https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/070674370705200809.

Le Pautremat, Pascal. (2009). La Bosnie-Herzégovine en guerre (1991-1995) : au coeur de

l’Europe. Guerres mondiales et conflits contemporains, volume (233), p.67-81. https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2009-1-page-67.htm

Delpla, Isabelle. (2008). La preuve par les victimes. Bilans de guerre en Bosnie-Herzégovine.

Le Mouvement Social, volume (222), p.153-183. https://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2008-1-page-153.htm

Monographie

 Birenbaum, R. (1994). Peacekeeping stress prompts new approaches to mental-health issues in Canadian military. Repéré à https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1337422/pdf/cmaj00058-0109.pdf

Sinotte, L. (2015). Le traitement de l’état de stress post-traumatique (ÉSPT) chez les casques bleus : deux études de cas (Thèse de doctorat, Université du Québec en Outaouais, Gatineau, Québec). Repéré à http://di.uqo.ca/756/1/Sinotte_Lise_2015_essai%20doctoral.pdf.

Sources trouvées sur Internet

Anciens combattants Canada. (2018). Les forces armées canadiennes dans les Balkans. Repéré à https://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/history/canadian-armed-forces/balkans/information-sheet-balkans.

Lessard, V. (2018). Faire la paix avec la guerre. Repéré à https://ici.radio-canada.ca/faire-la-paix-avec-la-guerre

Rapport du Comité permanent des anciens combattants. (2017). La santé mentale chez les vétérans canadiens : une mission de famille (Publication no 6). Repéré à https://www.noscommunes.ca/Content/Committee/421/ACVA/Reports/RP9055177/acvarp06/acvarp06-f.pdf.

Veterans affairs Canada. (S.d.). Post-traumatic Stress Disorder (PTSD) and War-Related Stress. Repéré à https://www.veterans.gc.ca/pdf/mental-health/ptsd_warstress_e.pdf.

Article de blogue

Hazan, P. (8 Août 2016). Bosnie : le dispositif pour soigner les traumatismes liés à la guerre. [Bogue]. Repéré à https://blogs.letemps.ch/pierre-hazan/2016/08/08/bosnie-le-dispositif-pour-soigner-les-traumatismes-lies-a-la-guerre/

Page Web

Nations Unies. (s.d.). Nations Unies : Maintien de la paix. Repéré à https://peacekeeping.un.org/fr/military.